Astrophysicien
jusqu'en 2004, comment avez-vous concilié vos deux vies professionnelles
et réussi à publier un roman par an ?
C'était facile au début... puis de plus en plus dur !
Quand j'ai eu mon premier contrat pour écrire un roman, j'avais
déjà terminé deux romans, dont "Revelation
Space", qui était plus ou moins fini. Pendant quelques années,
ça a eu l'air faisable, j'ai pensé que je pouvais écrire
le soir et travailler le jour. Mais, vers 2002/2003, c'est devenu de
plus en plus difficile d'être dans les délais. Alors progressivement,
je me suis rendu compte que c'était un rythme intenable. J'ai
pris la décision de quitter l'astrophysique. Mon travail en souffrait.
Je me suis dit qu'il valait mieux que je démissionne plutôt
que de me faire virer !
Quel était votre travail exact, et cela a-t-il nourri votre travail
d'écrivain ?
Depuis 6 ans, je travaillais avec une équipe de scientifiques
et d'ingénieurs de l'ESA à Amsterdam, sur de nouvelles
optiques pour les télescopes. J'écrivais des logiciels
capables d'examiner les données de ces instruments. Ca n'a pas
eu une influence directe sur mon travail d'écrivain, parce qu'en
fait c'est vraiment un domaine assez pointu, alors que dans mes romans,
j'ai un horizon beaucoup plus large.
Roland LEHOUCQ regrettait récemment,
dans une tribune du journal Le Monde, que le voyage interstellaire ne
soit qu'une chimère hors de portée de l'humanité.
Est-ce que vous partagez ce pessimisme ?
Non, pas du tout. Je pense que le voyage interstellaire est à
notre portée. Aucun principe physique ne s'oppose au voyage stellaire.
On a plus ou moins l'idée de la façon dont on pourrait
envoyer un robot, ou une sonde, vers une autre planète, même
si ça prenait 100 ans - et alors ? on a bien le temps ! Enverrons-nous
des hommes ? C'est faisable aussi. Tout cela dépend de la volonté
de la société. On aurait pu aller sur Mars, coloniser
Mars même, depuis plusieurs années; il manque une volonté
politique, c'est la même chose. Regardez le chemin parcouru en
deux-cent ans, c'est incroyable... et essayez d'imaginer deux cent ans
plus loin...
On vous classe souvent parmi les auteurs
de hard sf... que pensez-vous de cette étiquette ?
C'est à la fois un bien et un mal. Du point de vue des éditeurs,
vous entendez dire qu'il y a un manque de hard sf, alors quand ils en
trouvent, ils aiment en publier ! Ecrire de la bonne sf, c'est une bonne
porte d'entrée. D'un autre côté, il y a un paquet
d'idées préconçues qui viennent avec : on imagine
que vous êtes incapable de vous intéresser aux personnages,
au style... alors qu'en tant qu'auteur, j'ai l'ambition d'écrire
plus que de simples histoires scientifiques. Comme toutes les étiquettes,
c'est à double tranchant.
Vous êtes attaché à
une certaine crédibilité scientifique quand vous écrivez,
vous placez en particulier vos récits dans des univers relativistes
[NDCC : où la vitesse de la lumière est indépassable].
Dans quelle mesure vous permettez-vous des écarts par rappport
à la réalité scientifique ?
Je pense que si l'histoire que l'on essaie d'écrire souffre de
la précision scientifique, alors c'est l'histoire qui doit gagner.
Ca ne m'intéresse pas de pousser à un niveau de physique
extrême uniquement pour le plaisir.
Par exemple, je ne pense pas que l'on puisse voyager plus vite que la
lumière. Mais en écrivant "Century Rain", il
m'est apparu clairement que l'histoire serait beaucoup plus facile à
raconter si l'on pouvait dépasser la vitesse de la lumière.
Alors j'ai décidé que, dans ce roman là, ce serait
possible !
La théorie des cordes et des univers parallèles superposés,
que vous utilisez dans "Absolution Gap", a-t-elle une base
scientifique ?
C'est effectivement un concept basé sur une idée scientifique
réelle. Quand j'ai commencé à écrire "Absolution
Gap", j'ai lu quelques articles scientifiques sur cette théorie
des cordes, l'idée que nous vivons peut-être dans une couche
de la réalité, mais qu'il y a d'autres couches de réalités
disposées à quelques millimètres les unes des autres,
et qu'il peut y avoir une interaction sur la gravité. Alors j'ai
voulu mettre ces idées dans un livre, avant que quelqu'un d'autre
ne le fasse !
Alors que la religion est plutot absente
de vos romans, voire mise à mal dans "Absolution Gap",
tous les roman du cycle des Inhibiteurs ont des titres connotés
religieusement, pourquoi ?
Ce n'était absolument pas prémédité ! Je
n'ai pas voulu faire référence aux révélations
bibliques, avec "Revelation space",... j'avais du mal à
trouver un titre, celui-là m'a semblé bien. "Redemption
Ark" est le résultat d'un malentendu : à la radio,
quelqu'un parlait de l'évolution que connaît un personnage
dans une série télévisée, il parlait d'une
"redemption ark", et j'ai interprété "ark"
comme un vaisseau spatial. J'avais mal compris mais j'avais trouvé
un autre sens intéressant. Quant à "Absolution Gap",
ça sonnait bien. J'aime bien en fait les titres qui pourraient
être des titres de thriller, de roman d'espionnage ou de romans
noirs. Ces livres portent des noms comme "L'ange de la désolation",
des choses comme ça... il y a souvent un aspect biblique...
Dans
"Absolution Gap", l'idée des cathédrales roulantes
rappelle la cité mobile de Christopher PRIEST dans "Le monde
inverti"; est-ce un hommage discret ou un complet hasard ?
Je ne sais pas vraiment ! Christopher PRIEST est un ami, je connais
ses livres, je n'ai pas voulu faire référence au "Monde
inversé", enfin pas consciemment... parfois, quand je cherche
des idées, il m'arrive de grifonner de petits dessins; là,
j'ai dessiné des petites cathédrales, et j'ai mis des
roues dessous; j'ai trouvé ça pas mal ! De là,
le processus mental s'enclenche : pourquoi mettrait-on des roues sous
une cathédrale ? Et je me disais, si une planète tournait
et que la cathédrale devait rester au même point, il faudrait
qu'elle se déplace. Mais ce n'est pas si original dans la SF,
de grandes structures qui se déplacent dans de vastes paysages...
"Chasm City" apparaît
comme une parenthèse dans le Cycle des Inhibiteurs. Aviez-vous
prévu cela ?
Rien n'était vraiment prévu au départ ! Quand j'ai
écrit "Revelation space", je n'avais même pas
de contrat, j'ai eu besoin de beaucoup de temps pour vendre ce roman,
environ deux ans. Et pendant ce temps, j'ai écrit une autre histoire,
située dans le même univers. Au départ, c'était
uniquement pour m'amuser, et ensuite c'est devenu "Chasm City".
Mais je n'avais pas prévu d'aboutir à un cycle de quatre
romans. J'ai vraiment écrit chaque roman comme une entité
isolée.
Dans "Diamond dogs", une
équipe de mercenaires part à l'assaut de la Flèche,
un batîment mystérieux abandonné par des ET inconnus.
Cette Flèche se révèle une sorte de parcours du
combattant mathématique... en cas d'erreur, la punition est extrêmement
sanglante... Qu'est-ce qui vous a inspiré cette idée ?
Cette histoire est l'aboutissement de plusieurs idées. Beaucoup
d'histoire de sf évoquent des structures extra-terrestres hostiles,
ou dangereuses. Ce sont souvent, finallement, des sortes d'énigmes
dont il faut trouver la clé. Je pense que, lorsqu'on écrit
de la hard sf, on rencontre forcément une histoire comme celle-là
un jour.
En fait, j'avais en tête à l'époque, l'acharnement
avec lequel les alpinistes réussissent l'ascension du K2 ou de
l'Everest. Quand vous décidez d'aller là-haut, vous savez
qu'il y aura des engelures, des souffrances, des choses terribles. Quand
vous lisez certaines histoires d'alpinisme, vous voyez que la montagne
punît, en quelque sorte, ceux qui l'affrontent, mais qu'ils y
retournent. Je voulais utiliser cette idée là, dans un
contexte de SF.
Avez-vous un plaisir particulier à
écrire des textes courts comme celui-ci ? Ou préférez-vous
écrire des romans ?
Quand vous êtes au milieu d'un long roman, vous avez hâte
de passer à quelque chose de court, comme une nouvelle. Et quand
vous en train d'écrire dune nouvelle, vous vous dites "ça
serait tellement mieux si je pouvais développer cela sans penser
aux nombres de mots...".
Ceci dit, j'aime bien écrire des choses courtes.
La réalité c'est que les auteurs démarrent souvent
par des textes courts, pour percer sur le marché. Il y a ensuite
deux types d'auteurs : ceux qui, lorsqu'ils ont percé, arrêtent
d'écrire des textes courts complètement, ou alors le font
exceptionnellement et quand ça paie bien. Et puis il y a les
auteurs qui, comme moi, aiment écrire des nouvelles. Si je passe
une année sans avoir écrit quatre ou cinq nouvelles, je
me dis que j'ai fait une mauvais année ! Ca ne paie pas très
bien, mais c'est amusant à faire. Et ce qui est bien, c'est que,
quelques mois plus tard, c'est imprimé. Alors qu'avec un roman,
il faut attendre un an avant que ça sorte. Je pense qu'il y a
une sorte de dialogue à installer avec les textes courts.
Vos personnages sont particulièrement
complexes, loin des stéréotypes. Comment les construisez
vous ?
De différentes façons. Il y a beaucoup de choses qui ne
me satisfont pas dans ma manière de gérer les dialogues,
ou les intrigues... et j'essaie toujours de trouver un nouvel angle
d'attaque dans ma méthode de travail. Dans mes premiers romans,
j'avais d'abord l'histoire et je plaçais les personnages ensuite
dedans. Maintenant, j'ai tendance à trouver les personnages en
premier, et ce sont eux qui conduisent l'histoire. Mais je n'ai pas
encore trouvé la meilleure formule...
Votre oeuvre traverse de nombreux
genres, du space op, au polar, en passant par le roman d'aventure...
Quelles sont vos influences en sf et en dehors ?
Ca ne va pas vous surprendre que je vous dise que j'aime beaucoup la
littérature noire, les énigmes, le mystère... Ca
ne plait pas à tout le public, il y a des lecteurs qui veulent
de la hard sf "pure", non "contaminée" par
des thèmes de romans noirs... Quand je trouve des intrigues proches
du thriller, je suis dans mon élément... les espions,
les détectives, les criminels, etc, ça m'inspire davantge
que les intrigues de technocrates, ou de scientifiques.
Dans la sf, j'aime bien beaucoup de monde, en, commançant par
Arthur C. CLARKE, ASIMOV, Philip K. DICK, JG BALLARD, Christopher PRIEST
ou M. John HARRSION... ou des plus marginaux, comme Jonathan CARROLL,
China MIEVILLE. Et en dehors de la sf, j'aime beaucoup les policiers
purs et durs, les livres noirs, CHANDLER, James ELLROY, etc.
J'aime bien aussi, une autre influence dans ce que j'écris, certaines
fictions historiques; les guerres napoléoniennes... je suis aussi
un passionné des romans marins épiques de Patrick O'BRIAN
[auteur de "Master & Commander"], etc, ça m'inspire
autant que la sf pure et pure.
Quand vous écrivez, est-ce
que vous lisez en même temps ?
J'ai de plus en plus de mal à lire quand j'écris. Et c'est
sans doute dangereux, je pense, de lire des choses similaires en terme
d'approche; je pense que si j'écris un roman sur des vaisseaux
spatiaux dans l'avenir, je vais probablement me mettre à lire
des textes sur les guerres napoléoniennes, justement, parce que
cela a l'avantage d'être à des millions de km de ce que
j'écrirais. Je lis beaucoup de non-fiction aussi, des biographies,
des essais sur la psychologie... Ca me donne parfois des idées
à utiliser dans la sf.
"Absolution Gap" clôt le cycle des Inhibiteurs.
Quel regard portez-vous sur cet partie
achevée de votre travail ?
Il y a une chose que j'ai toujours tenu à dire, c'est que je
ne vois pas "Absoluton Gap" comme la fin d'une trilogie. Pour
moi, c'est une histoire à part entière. Il y a un univers
commun, et un élément commun aux romans, le personnage
de Anna. Et dans "Absolution Gap", c'est vrai que l'histoire
est résolue. Mais ces livres sont des épisodes dans une
plus grande histoire, et ce n'est pas forcément terminé
! D'ailleurs, j'écris en ce moment un roman qui revient sur l'histore
cent ans plus tôt que le premier livre.
Les deux romans que j'ai écrit entre temps, sont differents.
Après "Absolution Gap", qui est très sombre,
très gothique, je voulais faire quelque chose de radicalement
différent, de plus léger et optimiste; il y a "Century
rain", qui possède une histoire d'amour, et deux personnages
assez agréables, et c'est loin de ce que j'avais fait avant.
Ensuite, il y a eu "Pushing ice" : je voulais aller à
la rencontre des aliens, mais d'une façon impossible dans l'univers
de "Revelation space", Car dans cet univers-là, il
n'y a que des reliques d'aliens, des ruines, ou alors des aliens dangereux.
Alors que dans "Pushing ice", je voulais imaginer qu'il y
ait beaucoup de cultures, des cultures différentes et toujours
vivantes. Il fallait sortir "Pushing ice" du cyle.
Quels sont vos projets ?
J'ai deux recueils qui vont sortir cette année : il y a d'abord
un recueil de nouvelles basées effectivement sur l'univers du
Cycle des Inhibiteurs, cinq nouvelles déjà parues et trois
inédites. Cela paraîtra chez mon éditeur anglais
en octobre. Et peut-être avant cela, aux EU, il y aurait, chez
un petit éditeur américain, un second recueil, cette fois,
sans rapport avec le cycle, des choses très diverses.
Les prochains romans seront a sortir dans un an en Grande-Bretagne.
D'abord le roman qui se situe cent ans plus tôt, même s'il
n'a pas de connections solides avec ce que l'on connait du Cyle. Pas
d'extra-terrestres, pas d'Inhibiteurs, cela raconte la vie autour de
la Cité du gouffre avant la Peste, sur les thèmes de l'intelligence
artificielle, de la démocratie en temps réel, des nanotechnologies...
ambiance très high-tech. C'est un thriller. Vous connaissez "24H
Chrono" ? C'est un peu comme cela, mais dans mon univers à
moi; c'est comme cela que je vend l'histoire quand on me demande de
la résumer !
On vous classe souvent dans le NSO, aux côté de BANKS,
HARRISON, McLEOD... estimez-vous qu'un tel mouvement existe réellement
?
Je suis un peu sceptique, à propos de cet aspect "nouveau"
mouvement; pour commencer, je ne fais pas de grande distinction entre
la hard sf située dans l'espace et le space opera. Si vous regardez
les années 70 et 80, il y a déjà eu Gregory BENFORD,
David BRIN, Dan SIMMONS, David ZINDELL, Greg BEAR, ["Eon"
a été écrit il y a plus de 20 ans]... c'était
déjà du "New Space Opera". Donc, je ne pense
pas que ce soit nouveau.
En revanche, c'est sans doute plus populaire. En Grande-Bretagne, c'est
dû au succès de Iain BANKS; il était déjà
un auteur reconnu quand il s'est mis à écrire du space
op, ce qui a aidé à faire connaitre le genre. Peter HAMILTON
est devenu un best seller avec son propre space op, et cela a permis
l'acccueil de mes livres, des "sagas" space op. Sans Peter
HAMILTON, je ne sais pas si j'aurais été accueilli aussi
bien par le public.
M. J. HARRISON parle, lui, de méta-fiction,
une sf avec une dimension satirique, ironique, distanciée. Est-ce
que vous vous reconnaissez là-dedans ?
Pas vraiment; je prends les choses beaucoup plus au premier degré.
Pour moi la clé, dans la SF, c'est que je veux que ça
soit crédible pour le lecteur. Pour que le lecteur soit immergé,
émerveillé, pour que le sens of wonder fonctionne, il
faut que l'auteur soit convaincu. Alors je ne pense pas en terme de
deuxième degré, d'ironie, de satire. Quand j'écris,
devant mon clavier, j'y crois ! Je veux dire..., je ne suis pas assez
fou pour y croire vraiment, mais c'est un état d'esprit ! HARRISON
a écrit un seul livre de sf en trente ans, "Light",
c'est son seul roman de sf réelle; difficile de savoir dans quelle
direction il va aller. Il a un nouveau roman à paraître
prochainement. On saura peut-être mieux ce qu'il veut dire par
meta-science-fiction...
Pendant longtemps la sf a été
américaine. Depuis quelques années, ce sont les auteurs
anglais qui tiennent le haut du pavé et renouvellent le genre.
Vous avez une explication ?
J'entends beaucoup dire cela, mais je ne suis pas vraiment d'accord
avec le constat de départ. Pour moi, en tant que lecteur, une
bonne partie de la sf américaine est intéressante, mais
les bons auteurs sont négligés. Il y a, par exemple, un
auteur qui s'appelle Alexander JABLOKOV [NDCC : auteur de "Sculpteur
de ciel", jadis traduit chez Denoël / PdF, quasiment introuvable];
il y a quelques années, il écrivait de la sf extraordinaire,
très bien racontée, une imagination exotique, des histoires
qui fonctionnaient à tous les niveaux. Il a écrit une
série de romans qui ont reçu un bon accueil... mais il
ne fait plus rien depuis dix ans. Je crois qu'il n'a pas eu l'attention
qu'il méritait.
il y a aussi Robert REED, qui a fait des bouquins extras, comme "Marrow"
[NDLR : Prix Hugo du roman court en 1998, jamais traduit en français];
il avait des idées formidables, des artefact gigantesques, des
histoires très profondes, il y avait tout ce qu'il faut là-dedans,
tout ce que j'essaie d'intégrer aussi... il y a beaucoup de choses
intéressantes aux Etats-Unis.
Mais c'est vrai qu'il y a eu une mini-révolution de la sf anglaise.
Il y a 20 ans, la sf ne fonctionnait pas ici. Les auteurs étaient
là, mais c'était difficile de se faire publier. Je ne
sais pas ce qui s'est passé, mais ce qui est certain c'est que
le magazine Interzone a beaucoup aidé les auteurs à s'établir,
comme Stephen BAXTER, Paul J. MacAULEY, Greg EGAN [qui est australien,
mais ça reste le Commonwealth] et cela a dû réhabiliter
la sf britannique. Des gens comme Ken McLEOD, Peter HAMILTON, China
MIEVILLE, se développent maintenant tout seuls.
Quel avenir pour la sf ? Quelles sont
les pistes à explorer selon vous ?
J'aimerais bien le savoir... si je connaissais l'avenir de la sf, en
tant qu'auteur, j'y serais déjà !
J'essaie justement d'aller là où personne ne va encore.
Quels sont, pour vous, les auteurs
contemporains importants ?
Je remarque que les auteurs apparus depuis 5 ans sont des auteurs qui
oeuvrent sur les marges de la sf, aux frontières de la fantasy,
Kelly LINK par exemple, Jeff VANDERMEER, China MIEVILLE, un auteur de
fantasy qui utilise des thèmes de sf. Je me conçois, vraiment,
comme un auteur qui écrit au coeur de la sf, ça ne m'intéresse
pas de franchir les frontières du genre. Je m'intéresse
à ce que l'on peut dire avec la sf de base.
Je ne sais pas quel tour les choses prendront. Si ce sont les auteurs
des "marges" de la sf qui prennent le dessus, et si la sf
pure se réduit à néant... moi je n'aurais plus
de boulot... mais j'admire ces auteurs quand même !
En même temps, HEINLEIN a dit
: "La sf, c'est de la fantasy avec des boulons"... [NDLR -
Qu'il est con, ce Raoul : en réalité, la citation est
de Terry PRATCHETT, mais bon...]
Je n'aime pas HEINLEIN, et je suis quasiment en désaccord avec
tout ce qu'il a pu dire ou écrire. Il a eu une mauvaise influence
sur la sf et il l'a encore aujourd'hui. Il existe un lectorat américain
qui admire HEINLEIN, et toutes ses idées de compétition,
l'idée que l'on prouve que l'on est un homme uniquement en tuant
un autre homme sur le champ de bataille. Je ne suis d'accord avec rien
de ce qu'a écrit HEINLEIN, je crois !
La nouvelle sf british a une particularité : elle est politisée,
ancrée à gauche, voire à l'extrême gauche...
Je crois que la sf britannique s'est justement construite en dehors
des schémas définis par des auteurs comme HEINLEIN, à
l'opposé de la littérature de sf américaine. Je
remarque que la sf américaine met sur le devant de la scène
des auteurs de droite, bellicistes, xénéphobes, pro-républicains,
des connards en fait... Le centre de gravité de la sf british
est plus à gauche, même s'il y a de tout en terme d'opinion
- il n'est pas aussi polarisé qu'aux EU.
Vos deux derniers romans, qui n'ont
pas encore été traduits, semblent relever du techno-thriller.
C'est quelque chose de nouveau pour vous; allez-vous continuez dans
cette direction ?
Je ne pense pas qu'on puisse parler de techno thriller. Il y a bien
une logique de thriller derrière, mais "Century rain"
est construit autour d'une Histoire alternative, intègre les
trous de vers, des batailles entre faction humaines... on est bien loin
de Tom CLANCY ! C'est différent, sur le ton, de ce que j'ai écrit
avant, mais cela reste de la hard sf.
Pour "Pushing ice", ça commence dans un futur proche,
mais ça part vite très loin. C'est vrai que je me suis
essayé à maintenir un rythme rapide, mais je n'appellerais
pas ça du techno-thriller. Je ne lis pas de techno-thriller,
et je n'en ferai pas. J'ai besoin d'aimer ce que j'écris. Pour
que je fasse du techno thriller... il faudrait me payer très
cher !
... et la littérature générale, le mainstream ?
Je pense que je suis fondamentalement incapable d'écrire autre
chose que de la hard sf... même si je voyais une opportunité
commerciale d'écrire un polar, de la fantsy, ou un thriller,
je reviendrais toujours vers la sf, je crois !
|