Le
lectorat français vous (re)découvre depuis deux ans,
suite aux publications de DARWINIA, BIOS et LES CHRONOLITHES. Ce dernier
est d’ailleurs considéré comme l’un des
meilleurs romans publiés en 2003. Quelle en a été
la genèse ?
Le livre découle de plusieurs choses, dont certaines restent
d’ailleurs obscures, même pour moi. La structure fondamentale
du Chronolithe en tant que tel (ces trucs qui apparaissent ponctuellement
tout autour du monde) me vient d’un rêve d’enfant.
Mais le principe de causalité et de responsabilité morale,
que j’appelle la Turbulence Tau, résulte de mes réflexions
personnelles sur la conscience humaine qui peut transformer physiquement
le monde. La plupart des choses qui nous entourent, nos villes, nos
maisons et nos institutions politiques ne sont pas beaucoup plus que
des idées concrétisées physiquement. Le voyage
dans le temps, pour peu qu’une telle chose puisse exister, aurait
un effet profond et révolutionnaire, en introduisant un feedback
dans la boucle qui lie pensée et réalité. En
tout cas, c’est ce à quoi j’ai réfléchi…
Comment LES CHRONOLITHES a-t-il été accueilli
dans votre pays ? Est-il considéré comme votre œuvre
majeure (ce qui est clairement le cas en France) ?
C’est difficile à dire. Il a eu de très bonnes
critiques au Canada, il a été sur la liste des meilleurs
livres de l’année dans le New York Times, il a gagné
le John W. Campell Memorial Award, et il a été nominé
pour le Hugo. Donc, oui, à la réflexion, je ne suis
pas déçu.
L’un des sujets principaux de BIOS, DARWINIA et LES
CHRONOLITHES est la survie. Pourquoi avoir choisi ce thème
?
Le terme «survie» implique la question «à
quel prix ?». Et qu’est-ce que « survivre »
signifie ? Nous sommes tous mortels, après tout, c’est
le propre de notre espèce, de notre planète, de ceux
qui l’habitent et du soleil autour duquel elle orbite. Si nous
survivons, au sens large, ce sera par ce que nous lèguerons
à nos descendants, ou bien en démarrant carrément
une nouvelle existence.
Ces trois livres sont assez différents, d’un
point de vue stylistique. Est-ce une forme d’expérimentation
?
D’une certaine manière, oui. Ces livres explorent des
sujets SF archiclassiques (univers parallèles, voyage temporel,
voyages dans l’espace, futur éloigné etc.), mais
d’une façon que j’espère unique. Chacun
impliquait une «voix» différente, et j’ai
essayé de faire coïncider le style à mes personnages,
et non l’inverse.
Concernant vos influences littéraires, y a-t-il des
auteurs dont vous vous revendiquez ?
Il y a énormément d’auteurs dont j’ai beaucoup
appris. La liste est bien trop longue, mais je reviens régulièrement
vers certains d’entre eux: John Cheever, J.D. Salinger, Robert
Stone, HG Wells (le premier véritable écrivain de SF
et père du genre). Bien sûr ce ne sont que quelques exemples
Vous avez une voix très personnelle, très humaniste,
au sein de la SF contemporaine. En avez-vous conscience ?
Oui, c’est sans doute vrai, mais c’est souvent la meilleure
façon d’explorer des idées très vastes
(via une perspective intimiste). L’apocalypse n’est pas
l’apocalypse si seul Capitaine Futur en fait l’expérience.
Notre boulot, en tant qu’écrivains de SF, n’est
pas de trouver des supers idées, mais de les habiter…
Et la meilleure manière de la faire consiste à adopter
une narration intimiste, personnelle, humaine, tout simplement.
Vos personnages sont souvent basés sur le même
modèle. Des hommes, un peu perdus, un peu loosers, mais généreux
et tout sauf stupides.
Oui, c’est autour de ce genre de personnage que ma sympathie
est orientée.
Sur quoi travaillez-vous en ce moment ?
Mon roman le plus récent (prévu pour Avril 2005 au Canada
et aux USA) s’intitule SPIN, et je travaille actuellement sur
sa suite. Ce n’est d’ailleurs pas une suite à proprement
parler, mais plutôt un approfondissement des idées (et
de leurs conséquences) développées dans le premier
roman. C’est un gros boulot assez ambitieux, qui couvre 40 ans
dans la vie d’une famille, mais aussi 4 milliards d’années
d’évolution galactique.
BLIND LAKE est annoncé prochainement en Lunes d’encre.
Pouvez-vous en dire quelques mots ?
L’action de BLIND LAKE est située dans un laboratoire
de recherche secret qui travaille avec des ordinateurs quantiques
pour développer une nouvelle forme d’astronomie. Les
chercheurs sont capables d’obtenir l’image d’une
planète abritant une vie intelligente, via des données
visuelles, mais sans pouvoir communiquer. Il doivent donc essayer
de comprendre une société extraterrestre extrêmement
compliquée. Pour couronner le tout, le laboratoire est littéralement
fermé au monde par les militaires et se trouve lui-même
dans l’impossibilité de communiquer avec l’extérieur.
Aucune raison valable n’est donnée, mais il est clair
que le projet est dangereux, pour une raison que personne ne comprend.
Je décrirai ce roman comme un livre d’histoires et de
miroirs.
Envisagez-vous de faire un tour en Europe prochainement ?
J’aimerai beaucoup, mais je n’ai rien de prévu
pour l’instant.