ROBERT CHARLES WILSON - INTERVIEW - FEVRIER 2005

[ POUR UNE SCIENCE-FICTION A VISAGE HUMAIN ]

 

Le lectorat français vous (re)découvre depuis deux ans, suite aux publications de DARWINIA, BIOS et LES CHRONOLITHES. Ce dernier est d’ailleurs considéré comme l’un des meilleurs romans publiés en 2003. Quelle en a été la genèse ?
Le livre découle de plusieurs choses, dont certaines restent d’ailleurs obscures, même pour moi. La structure fondamentale du Chronolithe en tant que tel (ces trucs qui apparaissent ponctuellement tout autour du monde) me vient d’un rêve d’enfant. Mais le principe de causalité et de responsabilité morale, que j’appelle la Turbulence Tau, résulte de mes réflexions personnelles sur la conscience humaine qui peut transformer physiquement le monde. La plupart des choses qui nous entourent, nos villes, nos maisons et nos institutions politiques ne sont pas beaucoup plus que des idées concrétisées physiquement. Le voyage dans le temps, pour peu qu’une telle chose puisse exister, aurait un effet profond et révolutionnaire, en introduisant un feedback dans la boucle qui lie pensée et réalité. En tout cas, c’est ce à quoi j’ai réfléchi…


Comment LES CHRONOLITHES a-t-il été accueilli dans votre pays ? Est-il considéré comme votre œuvre majeure (ce qui est clairement le cas en France) ?
C’est difficile à dire. Il a eu de très bonnes critiques au Canada, il a été sur la liste des meilleurs livres de l’année dans le New York Times, il a gagné le John W. Campell Memorial Award, et il a été nominé pour le Hugo. Donc, oui, à la réflexion, je ne suis pas déçu.


L’un des sujets principaux de BIOS, DARWINIA et LES CHRONOLITHES est la survie. Pourquoi avoir choisi ce thème ?
Le terme «survie» implique la question «à quel prix ?». Et qu’est-ce que « survivre » signifie ? Nous sommes tous mortels, après tout, c’est le propre de notre espèce, de notre planète, de ceux qui l’habitent et du soleil autour duquel elle orbite. Si nous survivons, au sens large, ce sera par ce que nous lèguerons à nos descendants, ou bien en démarrant carrément une nouvelle existence.


Ces trois livres sont assez différents, d’un point de vue stylistique. Est-ce une forme d’expérimentation ?
D’une certaine manière, oui. Ces livres explorent des sujets SF archiclassiques (univers parallèles, voyage temporel, voyages dans l’espace, futur éloigné etc.), mais d’une façon que j’espère unique. Chacun impliquait une «voix» différente, et j’ai essayé de faire coïncider le style à mes personnages, et non l’inverse.


Concernant vos influences littéraires, y a-t-il des auteurs dont vous vous revendiquez ?
Il y a énormément d’auteurs dont j’ai beaucoup appris. La liste est bien trop longue, mais je reviens régulièrement vers certains d’entre eux: John Cheever, J.D. Salinger, Robert Stone, HG Wells (le premier véritable écrivain de SF et père du genre). Bien sûr ce ne sont que quelques exemples


Vous avez une voix très personnelle, très humaniste, au sein de la SF contemporaine. En avez-vous conscience ?

Oui, c’est sans doute vrai, mais c’est souvent la meilleure façon d’explorer des idées très vastes (via une perspective intimiste). L’apocalypse n’est pas l’apocalypse si seul Capitaine Futur en fait l’expérience. Notre boulot, en tant qu’écrivains de SF, n’est pas de trouver des supers idées, mais de les habiter… Et la meilleure manière de la faire consiste à adopter une narration intimiste, personnelle, humaine, tout simplement.


Vos personnages sont souvent basés sur le même modèle. Des hommes, un peu perdus, un peu loosers, mais généreux et tout sauf stupides.
Oui, c’est autour de ce genre de personnage que ma sympathie est orientée.


Sur quoi travaillez-vous en ce moment ?
Mon roman le plus récent (prévu pour Avril 2005 au Canada et aux USA) s’intitule SPIN, et je travaille actuellement sur sa suite. Ce n’est d’ailleurs pas une suite à proprement parler, mais plutôt un approfondissement des idées (et de leurs conséquences) développées dans le premier roman. C’est un gros boulot assez ambitieux, qui couvre 40 ans dans la vie d’une famille, mais aussi 4 milliards d’années d’évolution galactique.
BLIND LAKE est annoncé prochainement en Lunes d’encre. Pouvez-vous en dire quelques mots ?
L’action de BLIND LAKE est située dans un laboratoire de recherche secret qui travaille avec des ordinateurs quantiques pour développer une nouvelle forme d’astronomie. Les chercheurs sont capables d’obtenir l’image d’une planète abritant une vie intelligente, via des données visuelles, mais sans pouvoir communiquer. Il doivent donc essayer de comprendre une société extraterrestre extrêmement compliquée. Pour couronner le tout, le laboratoire est littéralement fermé au monde par les militaires et se trouve lui-même dans l’impossibilité de communiquer avec l’extérieur. Aucune raison valable n’est donnée, mais il est clair que le projet est dangereux, pour une raison que personne ne comprend. Je décrirai ce roman comme un livre d’histoires et de miroirs.


Envisagez-vous de faire un tour en Europe prochainement ?
J’aimerai beaucoup, mais je n’ai rien de prévu pour l’instant.

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