Épique,
flamboyant, révoltant, angoissant, déroutant, illisible
et agaçant... "La zone du dehors" est un livre qui
fait mouche, qui tape là où ça fait mal, qui gratte
dans la plaie, qui triture, cautérise ensuite pour mieux déchiqueter
après, discute pendant des heures, inquiète et parfois
même, bouleverse. Tout en même temps.
Bref, la SF s'enrichit d'un nouveau roman de politique-fiction, un nouveau
roman auquel on peut même enlever l'étiquette "fiction".
DAMASIO a lu Deleuze, Nietzsche, Foucault et les cite régulièrement.
DAMASIO n'a pas non plus oublié les situationnistes, même
s'il oublie de les nommer.
À la rigueur, qu'importe.
L'ennemi reste la sociale-démocratie molle qui intègre,
qui comprend, qui flique pour notre plus grand bien, qui soumet par
la liberté.
Une affreuse dictature, subie et soutenue par la majorité. Tout
un programme de bonheur obligatoire et normalisé. Loin, très
loin du "Meilleur des mondes" ou de "1984", car
jamais autocratique ni autoritaire.
"La zone du dehors" met donc en scène une société
démocratique baptisée "Cerclon", située
sur un astéroïde en orbite autour de Saturne. Dans ce monde
clos, replié sur lui-même et cerné par une nature
hostile, les hommes ont construit une ville qui se veut la seule alternative
valable à ce qui reste de la Terre : un tas de boue pollué
dans lequel on crève peu à peu.
Société hyper-sécurisée, hyper-surveillée
et hyper-acceptée par une population consentante, Cerclon est
un concentré de la sociale-démocratie si chère
à nos contemporains. Là-bas, on consomme pour exister,
on regarde la télévision bien au chaud chez soi, on se
soumet au "Clastre", système social parfait qui hiérarchise
les individus en fonction de leurs qualités. Chacun sa place
dans un monde qui n'oublie personne.
La population approuve, d'autant que les horreurs terriennes sont encore
fraîches dans les mémoires.
Comment oser se plaindre alors qu'ici, tout le monde mange à
sa faim, dans le plus heureux des équilibres démocratiques
?
Allez, ça ne vous rappelle rien ?
Se plaindre, se révolter, c'est pourtant ce que font 5 irrécupérables,
5 utopistes de l'anarchie, à la fois hommes d'action et intellos,
pères de famille et désaxés violents. Ils forment
le Bosquet, ils sont la Volte, et ensemble, ils vont foutre le feu.
"La zone du dehors" est l'histoire de leur refus. De leur
échec. De leur victoire.
Un roman à lire et un auteur à suivre de près.