Si
les éditions Phébus ne sont pas spécialisées
dans la littérature dite fantastique, force est de constater
que leur ligne éditoriale regorge de petits (ou gros) chefs d’œuvres,
indéniablement liés au genre. Il suffit de citer des noms
comme Peake, Charrière ou Maturin pour s’en convaincre,
tandis qu’un certain W.C. Morrow complète l’ensemble.
Né en 1854 et mort en 1924, cet écrivain américain
fut, au début du siècle, découvert sous nos longitudes
par des personnalités comme Guillaume Apollinaire ou Alfred Jarry.
Prestigieux parrainage pour une découverte manifestement émerveillée,
tous deux faisant rapidement de Morrow un nouvel Edgar Poe.
Avec cette jolie réédition de l’oeuvre de W. C.
(qui n’a rien à voir avec le James Morrow de "La trilogie
de Jehovah", que les choses soient claires), le public français
(re)découvrira un écrivain ironique, souvent cruel, parfois
drôle et tragique, avec un sorte de distance glacé sur
ses personnages des plus originales.
Recueil de 14 courtes nouvelles, «Le singe l’idiot et autres
gens» explore des thèmes variés, du savant fou (sorte
de nouveau Frankenstein qui crée un monstre semi artificiel,
dans «Le faiseur de monstres») au naufragé victime
de cannibales raffinés sur une île déserte («Une
histoire contée par le mer»), de l’homme amoureux
d’une statut de marbre stupéfiante de réalisme («Une
femme de marbre») au chercheur d’or confronté à
une vérité divine qui le dépasse («Un sépulcre
d’or»), du vagabond qui rencontre la mort («Devant
une bouteille d’absinthe») au pauvre hère condamné
à porter en lui un morceau de lame métallique («Un
stylet»), toutes ces histoires rappellent effectivement Edgar
Poe (la touffeur en moins et l’ironie en plus), dans la mesure
où le fantastique y est léger, voire absent ou simplement
«explicable». Ce n’est bien sûr pas systématique,
certaines nouvelles relevant du surnaturel pur et simple, mais c’est
assez latent. Au final, le lecteur se délectera de cette langue
très début du siècle, si délicieusement
vieillotte, tout en se réjouissant d’ajouter une nouvelle
tête à sa bibliothèque d’indispensables.
Il ne reste plus qu’à se procurer les 3 autres romans écrits
par Morrow (dont un, «dans la pièce du fond» vient
d’être réédité aux éditions
Finitude) pour se convaincre que l’exhumation n’est pas
une vaine chose, et que l’archéologie littéraire
est une discipline particulièrement jouissive.