ROBERT HOLDSTOCK - DANSLA VALLEE DES STATUES - LUNES D'ENCRE

Recueil quasi complet des nouvelles de Robert Holdstock, «Dans la vallée de statues» est publié en même temps qu’un roman inédit («Le souffle du temps») et propose un panorama chronologique de l’évolution de l’auteur, littérairement et thématiquement.

Publiées entre 1974 et 1995, les 17 nouvelles qui composent le recueil dépassent l’habituel terrain celtique, dont Holdstock est l’un des plus brillants défenseurs, pour englober des thèmes aussi variés que le voyage dans le temps, l’humour, le délire spatial ou la SF pure et dure. C’est toutefois dans le registre celtique que l’auteur donne le meilleur de lui-même, via une approche unique du genre, faite à la fois de mystère et de réalisme particulièrement prosaïque. De fait, les créatures païennes qui peuplent la mythologie celtique sont représentées le plus naturellement du monde, avec une odeur puissante, une fourrure palpable et une violence cruelle bien réelle. C’est d’ailleurs tout l’intérêt de Robert Holdstock, ses livres se situant à des années lumières d’une Fantasy proprette, dans laquelle de gentils personnages combattent le mal dans une forêt enchantée. Chez Holdstock, point de jugement sur la nature exacte des personnages, aucun manichéisme, aucun parti pris, aucune considération pour l’humain (victime, cobaye ou spectateur), juste la description brutale et parfois injuste des situations délicates dans lesquelles se trouvent ses personnages.


Citons en exemple l’admirable «Les selkies», nouvelle littéralement et littérairement extraordinaire, dans laquelle un homme vivant en solitaire sur un bout de terre de l’archipel des Orcades se trouve confronté à la version celtique des sirènes. Créatures improbables capables de se muer tour à tour en phoque, femme ou arbre malveillant, l’ensemble de ces transformations faisant partie d’un cycle éminemment incompréhensible pour ce pauvre naufragé, amoureux d’une Selkie disparue. Magistral, ce texte humide et gluant vaut le détour à lui seul.


Dans un registre comparable (bien qu’optimiste, chose rare chez Holdstock), «le changeforme» raconte l’initiation d’un jeune garçon à l’ancienne magie, une initiation qui tourne mal quand son maître est dépassé par une énigme temporelle qui excède de loin ses compétences. Mais si la souffrance est au rendez-vous, la liberté n’est pas loin…


La nouvelle titre, «Dans la vallées des statues», est un texte plus classique sur l’étrange compétence d’un sculpteur dont les créations sont incroyables de ressemblance. Pour le journaliste chargé de faire un reportage sur le personnage, la vérité apparaît peu à peu, mais certainement pas de la façon que le lecteur attend…


On ne résumera évidemment pas ici l’ensemble des textes qui composent le recueil, mais on ne se privera pas de le conseiller à tous ceux qui, effrayés par la taille de «La forêt des mythagos», ont quand même l’envie de se frotter à du Holdstock. A ce titre, «Dans la vallée des statues» est sans doute le meilleur des tickets d’entrée.

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