Classique
de l’anticipation, référence de la dystopie, Un
bonheur insoutenable est réédité ce mois-ci
chez J’ai Lu, sous une nouvelle [et jolie] couverture. L’occasion
pour tout le monde de [re]découvrir un texte finalement assez
polémique.
Comme tous les classiques, et comme beaucoup d'autres roman d'Ira LEVIN,
Un bonheur insoutenable [traduction abjecte de This perfect
day ] vieilli assez mal. Beaucoup de choses sont désuètes,
mais la description d’un monde dominé et régulée
par un ordinateur est assez crédible, voire remarquable quand
on sait que le roman a été écrit en 1969.
Le problème, c’est que le thème du monde parfait
et oppressant vu à travers les yeux d’un rebelle a déjà
été visité en 1922 par ZAMIATINE et par ORWELL
(en 1948), pour ne citer qu’eux. La où les dystopies de
ces deux auteurs sont d’ordre politique, d’autres comme
BRADBURY et HUXLEY déclinent l’idée en parallèle
sous la forme poétique et eugénique.
Il manquait donc une version informatique, et c’est la tâche
à laquelle s’est attelé LEVIN, une tâche délicate,
car encombrée et gênée par l’ombre des géants
précédents. Rappelons quand même que Un bonheur
insoutenable est avant tout une histoire humaine, et qu’on
n’y assiste à aucun étalage de technique futuroïde
[ce qui l’aurait d’ailleurs rendu sans doute ridicule avec
le recul].
On y suit le parcours de Li, surnommé Copeau par un grand père
peu à cheval sur les principes. De ce surnom, Li conserve une
certaine forme d’individualisme qui lui vaut d’être
contacté par des rebelles. Il apprend alors la nature exacte
du traitement que tous les "membres" reçoivent régulièrement
: une injection de calmants et de lobotimisants divers, destinés
à limiter les passions humaines, pour que jamais ne soit contestée
la puissante bienveillance d’UniOrd. Comme on s’en doute,
le décor possède plusieurs envers, et c’est d’ailleurs
l’un des intérêts du roman que d’aller de rebondissements
en coups de théâtre, jusqu’à la dernière
ligne.
Au final, on ne retient pas grand-chose du "chef d’oeuvre"
d’Ira LEVIN promis par le quatrième de couverture, mais
on ne lui enlève rien non plus. Une problématique intéressante
et angoissante, pour une histoire finalement beaucoup plus orienté
thriller que philosophique. À lire de toute façon.