HANS JOACHIM SCHÄDLICH - TRIVIAL ROMAN - GALLIMARD, LA NOIRE

A l’instar d’un certain Claude Ecken et de son «Enfer clos», Hans Joachim Schädlich choisit de nous décrire une humanité lâche, mesquine, violente et parfaitement repoussante.

Ni SF, ni fantastique, tout au plus Brechtien dans la forme comme dans son fond, mais suffisamment décalé pour faire partie de l’imaginaire au sens le plus large, «Trivial roman» est l’histoire d’un retranchement. Celui des quelques fidèles d’une organisation jamais nommée, chapeautée par «Le patron» et surveillée par «Le dogue». Aucun des protagonistes n’a d’ailleurs de nom, tous portant comme seule identité une appellation animale. Raconté par Laplume, pathétique personnage principal, l’enfermement du Dogue et de ses lieutenants fait partie de ces catastrophes qui rappellent l’ambiance filmique de «Reservoir dogs». Plusieurs personnes paniquées à l’idée de perdre privilèges et acquis. Ainsi, de figure tortionnaire autoritaire, le Dogue sombre dans l’indignité en pissant sous lui, pendant que les autres le torturent pour récupérer l’argent du coffre. Dans ce bunker isolé, la haine pourrit tout et tous. Entrecoupée de flashbacks racontant l’enrôlement de Laplume, d’abord journaliste intègre puis journaliste aux ordres, l’histoire dérive lentement vers le tragicomique, avec la fuite du Patron quand les choses tournent mal. Et comme Shädlich prend grand soin d’éviter tout éclaircissement sur la nature exacte de l’organisation en question, le lecteur prend plaisir à cette mise en lumière de la merde humaine. Secte, gouvernement militaire, dictature quelconque, démocratie libérale, mafia, «Trivial roman» est en quelque sorte le symbole de toutes ces manifestations d’autorité. Caricature de la hiérarchie, comédie du pouvoir, ce roman percutant est assurément à lire, car très sain dans son fond et répugnant dans sa forme. Un éclairage nouveau sur une littérature allemande dont on parle finalement peu.

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