Avec
la réédition de «L’homme tombé du ciel»,
c’est un nouveau chef d’œuvre de la littérature
fantastique que s’offre Folio SF, pour le plus grand bonheur de
ceux qui ne connaissent pas encore ce livre singulier.
Publié en 1963, «L’homme tombé du ciel»
fait partie de ces textes intemporels, principalement consacrés
à l’Humain et à son amère destinée,
d’où une absence de fatras technologique salutaire. Le
roman a d’ailleurs fort bien vieilli, loin de ces textes hâtivement
considérés comme des sommets du genre à leur époque,
avant que le poids des ans ne les transforme en pathétiques vieillards
littéraires.
Entièrement axé sur le personnage principal, «L’homme
tombé du ciel» relate la dérisoire tentative d’un
seul être (un extraterrestre manifestement apparenté aux
humains via une longue histoire que l’on devine mouvementée,
mais dont Tevis ne livrera pas une ligne), exilé sur Terre, et
dont le but est de sauver sa propre race menacée d’extinction.
L’analogie avec le Christ n’est évidemment pas fortuite,
d’autant que l’extraterrestre en question est à des
années lumières de l’amas protoplasmique tout puissant
avec rayon de la mort et tutti quanti… faible, Ecrasée
par une pesanteur à laquelle elle n’est pas adaptée
(une simple poussée un peu violente dans un ascenseur vétuste
suffit à lui briser une jambe), déprimée et profondément
seule, cette créature pathétique n’a de cesse de
remplir sa mission, mais elle est rattrapée par les passions
humaines et la profonde vacuité de l’existence. Dès
lors, malgré la colossale fortune que lui rapportent les brevets
amenés avec lui dans son pitoyable vaisseau monoplace abandonné
dans un champs (Petite appartée : Les extraterrestres de la planète
X – jamais nommée en anglais – connaissent bien l’humanité
via l’étude soigneuse des émissions télévisées,
prétexte bien utile dont se sert Tevis pour aller droit à
l’essentiel), l’être se désintéresse
peu à peu de son grand projet : Construire une sorte de Ferry
boat spatial destiné à faire le voyage jusqu’à
se planète natale, avant de ramener les rares habitants encore
vivants sur Terre.
Une
invasion ? Sans doute, mais très loin des objectifs militaires
traditionnellement associés au concept. La vie vaut-elle la peine
d’être sauvée ? les humains méritent-ils le
coup de main que les extraterrestres sont à même de leur
offrir via des technologies anti-atomiques susceptibles de rendre inopérant
l’ensemble du cheptel nucléaire mondial ? Comme on peut
s’en douter, la réponse est non, et le fond de "L’homme
tombé du ciel" est bien sombre…
La SF humaniste est un pan entier du genre, mais «L’homme
tombé du ciel» en est le plus parfait exemple. Parabole
de l’exil, essai sur la solitude (qui n’est pas sans rappeler
Camus – en nettement moins brillant, littérairement parlant
- ), vision désespérée du monde et de l’humanité,
ce roman prouve une fois de plus que les littératures de l’imaginaire
restent avant tout une littérature d’idée, philosophiquement
axée sur la place de l’Homme dans l’univers. Un thème
classique, certes, mais un livre efficace, mélancolique et parfaitement
recommandable.
Post sriptum qui n’a rien à voir : Les lecteurs convaincus
par la lecture de «L’homme tombé du ciel» peuvent
se précipiter sur le formidable recueil de nouvelle du même
auteur intitulé «Loin du pays natal» (un thème
récurrent, donc) et (encore) disponible chez PdF. Avis.