"S'il
n'est pas dans votre intention d'assister ce soir à une décapitation,
nous nous permettons de vous conseiller de détourner les yeux
quelques minutes !"
Brian ALDISS est doté d'un avantage bien à lui : Il est
humain. Habité par cette qualité unique, il réussit
la prouesse de porter un regard clinique et drôle sur l'humanité,
sans jamais tomber dans le cynisme.
Outre une vision profondément humaniste de l'histoire, son nouveau
recueil de nouvelles marie agréablement humour absurde, philosophie,
prospective futuriste et même une petite pincée de morale.
Les cinéphiles apprécieront également le témoignage
d'ALDISS sur son travail avec KUBRICK, quand tous deux travaillaient
à l'adaptation cinématographique de la petite nouvelle
"Les supertoys durent tout l'été ". Cette histoire
simple et efficace (complétée par deux autres nouvelles
qui traitent des "supertoys") constitue ainsi la trame du
film " A.I. ", finalement tourné par SPIELBERG (et
qui a donné la honte que l'on sait).
Trois joyaux magnifiques qui mettent en scène un androïde
petit garçon qui voudrait tellement être humain. Pinnochio
n'est pas loin, dans ces fables désespérément tristes,
terriblement dures, parce qu'elles parlent évidemment de l'impossible.
Une machine n'est pas un homme, et l'essentiel du drame tient dans ce
simple postulat. Tout le talent d'Aldiss s'exprime ainsi dans cette
trentaine de pages qui touchent la perfection.
D'autres nouvelles sont rassemblées dans ce livre, cocasses ou
tragiques, comme par exemple "Trois genres de solitude", où
sont disséqués des sentiments comme l'incommunicabilité
et l'amour.
D'autres frisent l'absurde comme "Sans tête", qui met
en scène un homme décidé à se décapiter
lui-même dans un stade, devant des millions de spectateurs.
Brian ALDISS est fort, et les éditions Métailier l'ont
bien compris.
Réjouissons-nous de voir de l'excellente SF éditée
par un maison élégante, caractérisée par
des textes de qualité.