RUDY RUCKER - SPACELAND - INEDIT EN FRANCE

Mondes parallèles et quatrièmes dimensions abondent en science-fiction, mais quand un mathématicien s’y colle, le lecteur est bien vite largué. De là, le texte entre dans la veine Hard Science, généralement peu lisible et particulièrement simpliste d’un point de vue strictement humain (CF Robert Forward, par exemple).


Avec SPACELAND, Rucker évite scrupuleusement les écueils du genre via deux principes qui s’affinent au cour du roman : Un humour glacial et décalé, doublé d’une étude fine et vacharde du comportement humain. On n’échappe pas à certains clichés (cupidité et capitalisme allant de pair), mais l’ensemble est suffisamment original et enlevé pour rendre la lecture de SPACELAND très agréable.


Au départ, on retrouve l’idée développée par Abbott dans FLATLAND, monde bidimensionnel dont l’un des habitants accède au concept de tridimensionnalité. De fait, RUCKER imagine que notre monde n’est autre que SPACELAND, sphère tridimensionnelle ridiculement petite paumée au milieu du Grand Tout, à savoir le monde quadridimensionnel. On y suit les aventures de Joe Cube, Ingénieur dans une boîte électronique comme il en pullule à Silicon Valley. Consumé dans un mariage unilatéral avec la très belle Jena, il espère l’impressionner le soir du nouvel an 2000 en rapportant chez lui le prototype d’une télé 3D sur laquelle il travaille avec l’abominable technicien Spazz.


La chose attire l’attention de Momo, entité quadridimensionnelle très intéressé par un Deal avec Joe Cube. Après avoir été « augmenté » (c’est-à-dire doté d’un troisième œil lui permettant d’accéder à la quatrième dimension), Cube s’entend proposer le plus fantastique marché téléphonique jamais envisagé : Construire un réseau Peer to Peer en utilisant des antennes qui font passer les signaux dans la quatrième dimension. De là, aucun problème de liaison, de montagnes, d’immeubles ou de mauvaises réceptions, mais un ensemble cohérent fonctionnant sur le principe du talkie-walkie (donc affranchi des opérateurs téléphoniques classiques) avec une qualité sonore inégalée. De quoi se faire plusieurs milliards de dollars sans souci…


Le but avoué, dixit Momo, consiste à monter un ensemble de barrières quadridimensionnelles (les signaux téléphoniques) destiné à protéger les champs de « Grolly » des raids « Wackles ». Car le Grand Tout est loin d’être un monde idéal, et Spaceland sépare justement le Grand Tout en deux, chacune des parties se livrant à une guerre sans merci.


De déconvenues sentimentales (Jena couche avec Spazz, comme de juste) en révélations sur la nature exacte du conflit cosmique (Momo est une vraie salope, autant le savoir), en passant par des galères sans nom pour trouver la thune permettant de monter l’affaire (facile de voler une banque quand on passe dans la quatrième dimension), SPACELAND décrit des scènes drôles, rythmées et intelligentes. La lecture du roman est légère, et la stature des personnages rend l’ensemble curieusement crédible (sans parler des représentations 3 et 4D, plus que convaincantes). Bref, SPACELAND réussit la prouesse d’être marrant et malin, tout en ne rognant pas sur la tenue littéraire. Une réussite qui attire l’attention sur un auteur inconnu en France.

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