| Référence
obligatoire en science-fiction, rappel instantané quand on parle
de nature de la réalité, l’œuvre de Philip K.
Dick est de celle qui ont marqué le genre.
Quitte à polémiquer, autant commencer de suite en indiquant
que les romans du maître (pour la plupart) sont généralement
pénibles, longuets et franchement mal écrits, mais que ses
nouvelles sont, à elles seules, un véritable monument du
fantastique. Impeccablement éditées en deux volumes dans
la collection Lunes d’encre, les « short stories » de
Mister Dick sont probablement ce qui se fait de mieux dans le genre. Bonne
nouvelle pour les pauvres, ces chefs d’œuvre sont accessibles
en poche dans la défunte collection Présence du Futur, voire
dans la collection 10/18. Deuxième bonne nouvelle pour les fans
de la collection Folio SF, il semble que Gallimard se soit décidé
à rééditer quelques recueils (après «
L’œil de la sybille » et le très oportuniste -
ouais d’accord mais au moins ça rapporte et après
on peut se lâcher en publiant des trucs géniaux que jamais
personne achetera - « Minority report »), c’est au tour
de « Souvenir » de revenir sous les feux de la rampe.
Troisième bonne nouvelle pour tout le monde, Sept nouvelles sont
au menu, toutes de très haute tenue. Citons « Sur la terre
sans joie » qui met en scène une jeune fille capable de communiquer
avec des anges assoiffés de sang. Le développement du texte
est littéralement glaçant. « Interférence »
est un modèle de paradoxe temporel, sans queue ni tête, mais
tellement bon qu’on comprend mieux pourquoi on aime la SF. Dans
le même genre, « Le monde de Jon » est également
un met de choix, avec l’histoire d’explorateurs temporels
qui tentent de rectifier leur bien triste présent en allant récupérer
des documents scientifiques importants quelques années en arrière.
Le texte trouve d’ailleurs un écho avec la nouvelle «
Seconde variété » (en Lunes d’encre ou en poche
chez 10/18) qui traite des charmantes bestioles mécaniques que
les humains sont capables d’inventer pour se foutre sur la gueule
en toute quiétude.
Bref, on ne saurait trop conseiller ce recueil, aux forcenés comme
aux débutants, tant il concentre ce qui fait le plaisir de la SF.
Enfin, mauvaise nouvelle pour ceux qui accordaient encore un peu de crédit
à la pensée de Dick, deux textes théoriques pourrissent
l’ensemble : « Le nazisme et le haut château »
ressemble à une mauvaise rédaction d’étudiant
opiomane, dont la teneure peut se résumer à « Il y
a eu aussi de bons allemands qui n’étaient pas que nazis
pendant la guerre ». Merci Philip, trop fort. Quant à «
la schizophrénie et le livre des changements », c’est
un tel fourre-tout de n’importe quoi qu’on en conçoit
comme un sentiment de gêne. Autant le savoir et passer directement
aux nouvelles, seule vraie raison de notre amour pour Dick.
|