Œuvre
d’un auteur connu pour ses polars-SF, SHIP OF FOOLS est une réussite
à défaut d’être un chef d’œuvre.
Avec beaucoup de roublardise et une maîtrise de la narration étonnante,
Russo captive le lecteur en utilisant pourtant des ficelles éculées.
Ainsi, l’action implique plusieurs mystères assez fascinants
qui trouvent (ou non) une explication au cours du roman. De fait, il
est difficile de lâcher SHIP OF FOOLS avant la dernière
ligne, particularité qui caractérise les bons romans à
suspense.
Au départ, on hérite d’un scénario assez
classique en SF : Un vaisseau spatial très ancien, énorme
et peuplé de plusieurs milliers d’individus, poursuit sa
route dans l’espace. Véritable « vaisseau-monde »,
l’Argonos est un navire sans mission, sans but précis,
dont les différentes générations d’humains
qui l’habitent ont oublié l’histoire. Crée
par qui, où et dans quel but ? Premier mystère, laissé
volontairement sans réponse. On pense inévitablement à
la « Croisière sans escale » d’Aldiss, sauf
qu’avec Russo, les protagonistes savent parfaitement à
quoi ils ont affaire.
La société qui vit à l’intérieur de
l’Argonos est assez stratifiée, avec ses citoyens de bas
niveau et ses VIP, ce qui entraîne une mutinerie qui ne présente
pas d’autre intérêt que de décrire l’ambiance
à bord du vaisseau et de présenter les personnages. Russo
prend le temps de donner corps et vie aux individus, ce qui les rend
attachants et profondément humains. On trouve Nikos, le capitaine,
bientôt en disgrâce et en proie aux affres de la solitude.
L’évêque Soldano, homme de pouvoir, inquiétant
et sombre, véritable Richelieu à bord de l’Argonos.
Le « père » Véronique, femme de foi, victime
du doute. Pär, le nain planteur de café, sans oublier Bartoloméo,
héro principal du roman, phocomèle difforme affublé
d’un exosquelette de soutien et de prothèses de bras.
Le deuxième mystère dépeint par Russo se situe
sur la planète baptisée sommairement Antioche : Décidé
à explorer ce monde dont l’Argonos a capté des transmissions
inexpliquées, Nikos envoie un petit contingent sur la terre ferme,
histoire de savoir de quoi il retourne. Sur Antioche, Bartolomeo et
le père Véronique font une macabre découverte.
Des bâtiments sombres renferment des milliers de squelettes, tous
accrochés à de sinistres crochets. Génocide, suicide
collectif ? Autant de questions que se pose l’équipage
de l’Argonos (sans parler du lecteur…).
Mais les choses ne s’arrêtent évidemment pas là.
Après avoir quitté Antioche, l’Argonos doit faire
face à un troisième mystère, sans doute encore
plus fascinant : Un mystérieux vaisseau spatial, gigantesque
et résolument étranger, est repéré. Apparemment
inerte, il va faire l’objet d’une minutieuse exploration,
qui, on s’en doute, ne sera pas de tout repos. Classique et prenante,
cette seconde partie du roman rappelle « Rendez-vous avec Rama
» et « Alien », de part l’excitation et la terreur
que ressent le lecteur au fil des découvertes et des révélations.
Comme on pouvait le craindre depuis le début, SHIP OF FOOLS peut
décevoir par un côté volontairement explicatif qui
ôte une certaine part de poésie. Fort heureusement, Russo
prend soin de ne pas trop en révéler, ce qui laisse le
lecteur agréablement sur sa fin. Malgré certains clichés,
le texte est un excellent roman d’aventures, peuplé de
personnages attachants et fouillés. Un bon cru pour une littérature
avant tout distrayante, mais toujours intelligente.