SHIP OF FOOLS - RICHARD PAUL RUSSO - INEDIT EN FRANCE

Œuvre d’un auteur connu pour ses polars-SF, SHIP OF FOOLS est une réussite à défaut d’être un chef d’œuvre. Avec beaucoup de roublardise et une maîtrise de la narration étonnante, Russo captive le lecteur en utilisant pourtant des ficelles éculées. Ainsi, l’action implique plusieurs mystères assez fascinants qui trouvent (ou non) une explication au cours du roman. De fait, il est difficile de lâcher SHIP OF FOOLS avant la dernière ligne, particularité qui caractérise les bons romans à suspense.


Au départ, on hérite d’un scénario assez classique en SF : Un vaisseau spatial très ancien, énorme et peuplé de plusieurs milliers d’individus, poursuit sa route dans l’espace. Véritable « vaisseau-monde », l’Argonos est un navire sans mission, sans but précis, dont les différentes générations d’humains qui l’habitent ont oublié l’histoire. Crée par qui, où et dans quel but ? Premier mystère, laissé volontairement sans réponse. On pense inévitablement à la « Croisière sans escale » d’Aldiss, sauf qu’avec Russo, les protagonistes savent parfaitement à quoi ils ont affaire.


La société qui vit à l’intérieur de l’Argonos est assez stratifiée, avec ses citoyens de bas niveau et ses VIP, ce qui entraîne une mutinerie qui ne présente pas d’autre intérêt que de décrire l’ambiance à bord du vaisseau et de présenter les personnages. Russo prend le temps de donner corps et vie aux individus, ce qui les rend attachants et profondément humains. On trouve Nikos, le capitaine, bientôt en disgrâce et en proie aux affres de la solitude. L’évêque Soldano, homme de pouvoir, inquiétant et sombre, véritable Richelieu à bord de l’Argonos. Le « père » Véronique, femme de foi, victime du doute. Pär, le nain planteur de café, sans oublier Bartoloméo, héro principal du roman, phocomèle difforme affublé d’un exosquelette de soutien et de prothèses de bras.


Le deuxième mystère dépeint par Russo se situe sur la planète baptisée sommairement Antioche : Décidé à explorer ce monde dont l’Argonos a capté des transmissions inexpliquées, Nikos envoie un petit contingent sur la terre ferme, histoire de savoir de quoi il retourne. Sur Antioche, Bartolomeo et le père Véronique font une macabre découverte. Des bâtiments sombres renferment des milliers de squelettes, tous accrochés à de sinistres crochets. Génocide, suicide collectif ? Autant de questions que se pose l’équipage de l’Argonos (sans parler du lecteur…).


Mais les choses ne s’arrêtent évidemment pas là. Après avoir quitté Antioche, l’Argonos doit faire face à un troisième mystère, sans doute encore plus fascinant : Un mystérieux vaisseau spatial, gigantesque et résolument étranger, est repéré. Apparemment inerte, il va faire l’objet d’une minutieuse exploration, qui, on s’en doute, ne sera pas de tout repos. Classique et prenante, cette seconde partie du roman rappelle « Rendez-vous avec Rama » et « Alien », de part l’excitation et la terreur que ressent le lecteur au fil des découvertes et des révélations.


Comme on pouvait le craindre depuis le début, SHIP OF FOOLS peut décevoir par un côté volontairement explicatif qui ôte une certaine part de poésie. Fort heureusement, Russo prend soin de ne pas trop en révéler, ce qui laisse le lecteur agréablement sur sa fin. Malgré certains clichés, le texte est un excellent roman d’aventures, peuplé de personnages attachants et fouillés. Un bon cru pour une littérature avant tout distrayante, mais toujours intelligente.

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