Et
un inédit de plus chez Folio SF ! L'heureux élu est Peter
S. BEAGLE, auteur jusque-là étiqueté "Fantasyste",
mais dont le talent ne se limite pas à un seul genre. Si le titre
de ce recueil de nouvelles peut effrayer, les textes sont tout simplement
de petites merveilles.
La nouvelle titre met en scène un professeur qui sympathise avec
un rhinocéros parlant. Difficile de rendre pareille idée
crédible, d'autant que l'encombrant quadrupède affirme
être une licorne (BEAGLE aime beaucoup les licornes).
De qui (ou de quoi) ce rhinocéros est-il la métaphore
?
La nouvelle est grotesque, mais tellement subtile et bien écrite
que les pages tournent d'elles-mêmes. Et le jeu en vaut la chandelle,
car on s'en doute, l'ensemble est beaucoup plus sérieux qu'il
n'y paraît.
Et la fin est bouleversante.
C'est d'ailleurs l'un des talents de BEAGLE, qui part d'hypothèses
presque ridicules pour les tourner en textes poignants, nostalgiques
ou drôles.
À ce titre, les dernières pages du "rhinocéros
qui citait Nietzsche" sont une référence.
Un peu plus loin, on trouve le curieux "Naga", sorte de mythe
indien revisité sous forme de conte, dont la morale ne laisse
évidemment pas de marbre.
"La licorne de Julie" (Quand on vous dit que BEAGLE aime beaucoup
les licornes) met en scène un couple enfermé dans le cycle
séparation / rupture, qui trouve sa rédemption en libérant
une licorne prisonnière d'une tapisserie médiévale.
Enfin, le superbe "Une danse pour Emilia" raconte l'amitié
douce amère entre deux types qui sont sans doute passé
à côté d'eux mêmes. Quand le fantastique survient,
il n'est déjà plus qu'un prétexte, car le plaisir
est déjà là depuis longtemps.
Encore
!
On reste enchanté par ce petit livre qui donne envie d'en savoir
plus sur Peter S. BEAGLE. Pas de révolution ni de fracas galactique,
mais plutôt des nouvelles intimistes, humanistes et crédibles
dans leur déraison.
On peut aimer ou détester, mais ce genre de recueil redonne confiance
au genre et nous rappelle que les étiquettes servent avant tout
à enfermer.