Très
apprécié d’un certain Thomas Pynchon, « Un
requin sous la lune » est une œuvre délirante, due
à la plume sérieusement dérangée de Matt
Ruff, auteur dont on attend les prochains ouvrages avec impatience.
Totalement imbittable, l’intrigue du roman peut se résumer
ainsi : Dans un futur proche, l’écologie est en ruine,
le capitalisme triomphe, mais quelques irréductibles tentent
encore de sauver ce qui peut l’être. C’est le cas
de l’équipage du sous-marin yabba yabba doo, rassemblement
hétéroclite d’écologistes radicaux très
sérieux (ils coulent les bateaux pollueurs avec des salamis géants,
entre autres), bien décider à utiliser l’arme médiatique
(avec un sens du détournement très situationniste) pour
remettre les pendules des consciences à l’heure. En parallèle,
le lecteur suit les tribulations de l’ex-femme de Grant (milliardaire
étrangement sympathique mais totalement capitalo quand même),
désormais égouttière, très occupée
à chasser le requin blanc responsable de la mort de son équipe
(ce qui implique la présence d’un requin blanc dans les
égouts de New York, absolument). Tout ce petit monde est évidemment
lié, et les intrigues se rejoignent fatalement quelque part…
Délirant absurde, drôle et passablement allumé,
« Un requin sous la lune » possède à la fois
les atouts et les défauts du genre. Une narration maîtrisée,
un délire seulement apparent car fondamentalement très
sérieux, mais un humour parfois poussif et une longueur qui peut
décourager les moins motivés. Autant dire que ce curieux
roman se destine principalement aux lecteurs avides de nouvelles sensations,
fatigués des éternelles soucoupes volantes et autres chevaliers
noirs.