"Hélas,
Philip K. Dick n'est plus, Dieu va prendre mon pied au cul".
"Requiem pour Philip K. Dick" [traduction douteuse de "Philip
K. Dick is dead, alas"] n'est pas qu'un simple "roman hommage".
C'est aussi une lecture incontournable pour tous les fans, tant sa construction
et son déroulement suivent pas à pas la progression littéraire
de Dick.
On démarre donc en plein roman policier, à travers une
histoire qui se déroule dans une réalité terriblement
tordue. On passe ensuite à l'analyse de ladite réalité
[de type fasciste, voire démoniaque au sens littéral]
pour finir en plein délire mystico-n'importe quoi.
Bref, du Dick tout craché [du début à la fin de
sa carrière], y compris dans les dialogues subtilement décalés,
les situations parallèles, ou encore les personnages désincarnés
et finalement peu concernés par ce qui leur arrive.
Nous sommes donc au milieu des années 80, les États-Unis
n'en finissent pas de se détendre avec l'Union Soviétique
et Nixon vient de se faire triomphalement réélire pour
un 4ème mandat.
La guerre du Vietnam fut une grande victoire pour l'Amérique
et le programme spatial est au beau fixe, grâce à la présence
d'une base lunaire. La réalité quotidienne n'a pourtant
rien d'amusant, tant l'autocratie Nixoniène a muselé la
presse, supprimé le droit de se déplacer d'un état
à l'autre, renvoyé les noirs en Afrique et d'une manière
générale, installé un état totalitaire tout
à fait comparable au fascisme.
Dans cette ambiance sympathique, Cal survit tant bien que mal comme
vendeur dans une animalerie. Lia, sa femme, vient de s'installer comme
psychothérapeute dans un cabinet et court après des clients
inexistants. Tout bascule quand elle reçoit la visite d'un étrange
barbu prénommé Kai [pour K en anglais, vous suivez ?]
qui s'évapore sous ses yeux après quelques minutes de
conversation. Tout porte à croire que cet ectoplasme n'est autre
qu'un Philip K. Dick directement arrivé d'un autre plan du continuum
[à priori le vrai, encore que !], et bien décidé
à rectifier le tir quant à la réalité propre
à Cal et Lia. Une réalité ou Philip K. Dick a connu
la gloire avec ses romans mainstream et où ses romans de SF n'ont
jamais été publiés. Une réalité gouvernée
par un Nixon possédé par un démon malveillant,
bref une réalité qui ne lui plaît du tout.
Parallèlement, sur la lune, un scientifique en pleine crise de
foi [entendez "crise de confiance avec Dieu"] tombe nez à
nez avec un nain sans combinaison spatiale. Philip K. Dick aurait-il
des plans lunaires pour changer l'histoire ?
Plutôt drôle, parfois tragique, très fidèle
à l'oeuvre de Mister Dick sans jamais tomber dans le pastiche,
"Requiem pour Philip K. Dick" est un roman distrayant et agréable.
On le conseillera surtout aux inconditionnels, mais les néophytes
pourront le lire avec plaisir.