JIRÔ TANIGUCHI - QUARTIERS LOINTAINS - CASTERMAN

On le sait, la SALLE 101 (que louée soit son nom jusque dans les hautes sphères de sa mère) n'a pas de vocation bédéiste, mais s'autorise çà et là quelques digressions bullesques. "Quartiers lointains" fait partie de ces oeuvres qui transgressent le genre et rapproche le dessin de la littérature. CQFD.

Publié en deux tomes chez Casterman dans un format qui rapelle justement le livre, "Quartiers lointains" est une oeuvre majeure, touchante et drôle. Dessinée et scénarisée en solo par Jirô Taniguchi (dont on apprécie également "L'homme qui marche" chez le même éditeur), l'histoire est comparable à ce qu'on a pu voir dans "l'échange" de Brennert, "Replay" de Grimwood ou encore (mais dans un registre qui n'a rien de fantastique) "L'homme qui voulait vivre sa vie" de Douglas Kennedy: Celle d'un homme d'âge mûr, avec ses choix, ses erreurs et ses regrets, confronté brutalement à une deuxième chance. De fait, il s'agit d'un homme de 48 ans, qui retrouvre par hasard le chemin de sa ville natale, après une nuit de cuite. Réveillé dans le corps qu'il avait à l'âge de 14 ans et projeté en arrière, il conserve sa vision lucide d'un homme de 48 ans, mais peut désormais orienter différemment son "passé" et comprendre enfin pourquoi son père a abandonné sa famille en ce début d'été.

L'exercice est difficile, car souvent niais, mais Taniguchi se sort magistralement de l'exercice. A la manière de Brennert, le propos est tragique, fataliste et triste, mais paradoxalement joyeux, gai et porteur d'espoir. Car à ne pas faire les mêmes erreurs, on s'amméliore forcément, on apaise ses vieux démons et on oublie ses regrets.

Une grande bédé, donc, à mettre entre toutes les mains, qui confirme l'immense talent de la "bulle" japonaise, longtemps cantonnée aux conneries robotisées et qu'un public hexagonal émerveillé commence aujourd'hui à découvrir.

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