Il
agace, il énerve, il séduit, il suscite moult réactions
pas toujours flatteuses, mais il poursuit son petit bonhomme de chemin
millionnaire...
S’il
est possible (et même assez sain) de critiquer l’effet marketing
de Harry Potter (au point que les plus jeunes ignorent même qu’au
départ, il y a un livre et non une boîte de céréales),
de râler contre les films, les poupées, les porte-clés
et autres morceaux de la vraie croix, les bouquins, eux, sont remarquablement
inattaquables. Bien fichus, bien racontés, drôles et malins,
on ne peut décemment leur reprocher grand-chose, à part
une certaine niaiserie (d’ailleurs décroissante) trop souvent
présente dans la littérature pour enfants (passez par
la case Pullman pour trouver l’exception qui confirme la règle).
Au menu de ce Harry Potter Tome V longtemps attendu, 800 pages de lutte
contre le bien et le mal, avec une tendance jouissive à l’injustice.
Eh oui, les gens sont méchants et, bien souvent, ce sont eux
qui gagnent à la fin…On peut ici s’attarder sur la
méthode « Rowling » : Quand on aborde une série,
on peut choisir de décrire des personnages qui ne vieillissent
pas (Le club des cinq, par exemple), ou bien opter pour le principe
plus délicat (mais sans doute plus adulte) qui consiste à
faire évoluer son héro au fil des pages. Ainsi, Rowling
traite un livre par année scolaire, avec les changements physiques
et psychologiques qui en découlent. Premier de la série,
« Harry Potter à l’école des sorciers »
(audacieuse traduction de « Harry Potter and the philosopher’s
stone ») raconte la première année au collège
de Poudlard d’un certain Harry (11 ans). Il y fait la connaissance
d’Hermione, de Ron et d’autres excellents seconds rôles,
dans un cadre amusant et merveilleux. Rowling a eu l’idée
géniale de décrire un enseignement de la magie dans un
contexte quasi universitaire, avec tout un bestiaire emprunté
aussi bien aux sagas islandaises qu’à Tolkien ou qu’au
célébrissime Béowulf. Rien de bien renversant dans
ce premier tome, si ce n’est une mise en place du décor,
avec un « 300 pages » millimétré, un début,
une fin et une morale. Le pied.
« Harry Potter et la chambre des secrets », tome 2, reprend
le même principe, mais le pimente avec un scénario plus
tortueux et une psychologie des personnages plus fouillée. Dès
lors, la suite est logique. « Le prisonnier d’Azkaban »
est une véritable prouesse scénaristique et le premier
« vraiment adulte » de la série. Rowling se lâche
niveau pagination et se permet absolument tout ce qu’elle veut
(avec un tel compte en banque, qui ne le ferait pas ?) avec «
Harry Potter et la coupe de feu », pavé de 700 pages dans
lequel Harry (alors âgé de 14 ans) découvre la mort,
l’injustice et la folie.
Aujourd’hui âgé de 15 ans, Harry Potter revient avec
un cinquième tome dans la lignée du précédent.
Gros, épais et terriblement lisible (dur à lâcher,
en quelque sorte), « Harry Potter et l’ordre du phénix
» raconte (pour résumer) l’aveuglement du ministère
de la magie face au retour de Voldemort (le Sauron local). Harry s’y
montre assez désagréable, voire inique, mais c’est
un corollaire logique de l’adolescence. Il découvre également
l’amertume de l’amour, en accumulant échecs après
échecs avec la très jolie Cho (elle l’embrasse,
quand même, mais c’est à peu près la seule
concession érotique de Rowling).
Au final, pas grand-chose de neuf. A la fin du tome IV, Voldemort revient
mais le ministère de la magie refuse d’y croire. A la fin
du tome V, Voldemort est de retour et le ministère y croit. Voilà.
Simpliste ? oui et non. D’abord parce que la longueur du pavé
ne peut qu’être salutaire aux petits (c’est assez
merveilleux de penser que des mômes ne s’effraient aucunement
de l’épaisseur de la chose, et en redemandent…),
ensuite parce que Rowling prend son temps (trop, sans doute), ce qui
lui permet de travailler encore un peu plus ses personnages. Divertissant,
intelligent et évidemment pour enfants, Harry Potter tome V reste
un livre à lire. Pourquoi s’en priver ?