Écrit
en 1976 sous le titre original «mindbridge», ce Space Opera
est réédité cette année par Folio SF. Son
auteur, Joe Haldeman, a été plusieurs fois primé
pour ses romans de science-fiction (prix Hugo et Nebula pour «La
guerre éternelle» et pour «Le
vieil homme et son double»).
Des extraterrestres tentaculaires, des êtres humains qui utilisent
les voyages intersidéraux pour assouvir leur soif de conquête,
un zeste de télépathie et d’esprit viril…
Les ingrédients d’un Space Opera des plus classiques sont
en place pour attirer les adolescents et autres amoureux de ce genre.
«Toujours la même histoire…» pourrait-on maugréer.
Mais Joe Haldeman n’est pas du genre à traiter ses récits
comme tout le monde. Du coup, on y plonge… Et l’on en ressort
rafraîchi.
L’histoire.
En 2062, Jacque Lefavre est en formation pour devenir Maitriseur. Après
bien des déboires dus à son caractère de cochon,
il arrive à obtenir son diplôme.
Les Maitriseurs sont les explorateurs des confins de l’Univers.
Ils sont envoyés instantanément grâce à un
cristal (et au transfert Levan-Meyer) vers des planètes inconnues.
Lors de sa première mission, notre héros découvre
le «pont de Groombridge», un petit animal pas plus gros
qu’un poing permettant à deux êtres humains de communiquer
par télépathie… C’est pendant cette expédition
que Jacque tombe amoureux de l’une de ses coéquipières
: Carol. Malheureusement, leurs vies sont totalement soumises à
l’autorité de l’ODE, (l’Organisation pour le
Développement Extraterrestre) et leurs moments d’intimité
sont rares. La vie des Maitriseurs ne vaut d’ailleurs pas grand-chose
puisqu’ils sont souvent victimes d’épouvantables
accidents du travail et que tout le monde s’en fout.
Sur ces entre faits, des extraterrestres extraordinairement pas gentils
font leur apparition sur une planète éloignée où
ils massacrent (avec le sourire) des Maitriseurs en goguette. L’ODE
est sur le pied de guerre…
Et qu’est ce qu’on en pense ?
L’histoire en elle-même pourrait bien (si elle avait été
traitée par un autre que Joe Haldeman) être d’une
platitude sans nom. Mais l’auteur sait tenir son lecteur en haleine
grâce à deux atouts : le ton et la forme.
Dès le début, nous entrons dans l’univers de Jacque
Lefavre, un être bourru, costaud mais somme toute sympathique.
La façon qu’il a de régler ses problèmes
à coups de poings donne l’occasion à l’auteur
d’utiliser un ton à la fois cynique et humoristique. Tout
le long du récit, les situations les plus pénibles sont
décrites froidement comme si tout cela était normal. C’est
bien là ce qui donne du piquant à la lecture…
Par ailleurs, Pontesprit n’est pas une histoire traitée
de façon linéaire. L’autobiographie du héros
est mélangée à des rapports de l’ODE (avec
des tableaux, des courbes et des statistiques), à des explications
techniques ou à des articles de journaux. Chaque chapitre ressemble
à une pièce d’un puzzle. Celui-ci se complète
au fur et mesure… On a du mal à lâcher avant que
le puzzle ne soit totalement complété.
Si l’absurdité de la volonté expansionniste et le
totalitarisme sont dénoncés de façon subtile, Haldeman
reproche surtout aux hommes de ne pas savoir harmoniser leur bestialité
à leur rationalisme. Un livre à dévorer, vite fait,
bien fait.