OLNI
[objet littéraire non identifié] aux allures de roman
culte, "Pizzeria Inferno" est l'oeuvre d'un certain Michele
[prononcez Mikélé] SERIO, napolitain de son état,
mais également journaliste et musicien.
Ce n'est pas la première fois que les excellentes éditions
Métailier proposent des oeuvres fantastiques ou plus franchement
SF [ Brian ALDISS , par exemple], mais le délire raconté
dans "Pizzeria Inferno" range les autres aux rayons des contes
pour enfants.
Préfacé par EVANGELISTI himself, "Pizzeria Inferno"
est difficilement racontable : on y trouve des histoires entremêlées,
notamment celle d'une belle publicitaire qui n'hésite pas à
user de ses charmes pour obtenir des contrats et dont l'ex-mari soutire
de l'argent à un vieillard en échange de services sexuels
buccaux, celle d'un chef de la police tueur de clochard et frère
d'un vrai dingue pourchassé par un plongeur fantasmé,
celle du parrain de la Camorra [la mafia est napolitaine avant tout,
ne l'oublions pas] au sexe démesuré dont le plus grand
plaisir est de sodomiser des gamines à mort avant de les dévorer
et qui trouvera la grâce [et la rédemption ?] dans l'art,
celle d'étranges avortons munis de redoutables griffes, enfermés
dans un cycle vie/mort des plus singuliers, celle de mille et un personnages
secondaires ou principaux, le tout raconté dans une langue crue,
violente et irrésistible, pendant que les morts semblent prendre
possession des vivants, ce qui, avouons-le, fous quand même un
sacré bordel dans une Naples déjà écrasée
d'embouteillages...
C'est fou, c'est blasphématoire, c'est cruel, c'est incroyablement
drôle, c'est remarquablement bien écrit, et c'est sans
doute raconté du fond d'un asile psychiatrique.
Au-delà du côté farce monstrueuse, "Pizzeria
Inferno" n'est jamais vain, jamais gratuit, et s'offre même
parfois de véritables moments de grâce [l'histoire d'Iris,
notamment, et de sa bien triste envie].
On peut adorer ou détester, mais on ne pourra pas rester indifférent.
Bref, qu'un éditeur comme Métailier s'occupe de "Pizzeria
Inferno" est une excellente chose. Renouvelons donc nos encouragements
à une maison d'édition qui sait marier les genres et se
moquer des conventions.