OCTAVIA BUTLER - LA PARABOLE DES TALENTS - LA PARABOLE DU SEMEUR - AU DIABLE VAUVERT

Créer une nouvelle religion pour résister à la barbarie, voilà un point de départ qui peut, à juste titre, laisser sceptique. C'est pourtant le postulat que choisit Octavia BUTLER pour construire deux romans articulés sur le même principe.


"La parabole du semeur" met en scène Lauren et sa famille, regroupée autour d'une communauté urbaine précaire, à l'abri d'un mur. Derrière ce mur, la Californie de l'année 2024 n'a pas grand-chose d'enviable. Ultralibéralisme forcené, misère croissante, chaos social, criminalité galopante, police et gouvernement à la limite du fascisme, tous les fléaux du monde semblent s'abattre sur les Etats-Unis.
Le massacre de sa communauté jettera Lauren sur les routes, où l'attend une Odyssée hallucinante et dangereuse, sanglante et mystique.


"La parabole des talents" démarre en 2032 et relate la nouvelle vie de Lauren, installée avec d'autres au sein de "Semence de la Terre", sorte de secte libertaro-croyante créée de toute pièce par Lauren.
Caché dans les collines, le groupe s'efforce de reconstituer une vie décente, loin du nouvel ordre moral chrétien orthodoxe qui menace.


En dehors des aspects profondément croyants des deux livres, Octavia Butler excelle dans la description d'un monde chaotique, ravagé par une logique mercantile au pied du mur.


Quelques riches vivent retranchés dans des quartiers sécurisés et protégés par des légions de vigiles en arme, pendant que le reste de la population tente de survivre de squats en squats, pillant, tuant et violant les plus faibles. Dans ce délabrement général, le gouvernement légalise plus ou moins l'esclavage et les milices fascistes font régner la terreur.


Les deux romans forment finalement une critique sévère du tout-marchandise, qui a le mérite d'éclairer l'aspect le plus sombre du capitalisme. La logique de Butler fait froid dans le dos et ne se limite pas au simple roman d'anticipation.


Si tout un fatras religieux encombre le texte, l'auteur n'est pas dupe et le message ressemble bien plus à un principe de tolérance qu'à du prosélytisme pur et dur.
De la SF humaniste et utopique en quelque sorte, à lire d'urgence, ne serait-ce que pour l'écriture de BUTLER.

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