Premier
recueil non-fiction de PALAHNIUK paru en français, "Le festival
de la couille et autres histoires vraies" fait partie de ces livres
qui hantent longtemps le lecteur.
Enfin débarrassé de la médiocre prestation de Freddy
Michalsky aux manettes traductantes, le texte se distille comme un alcool
délicieusement fruité sous la houlette de Bernard Blanc.
Un changement bienvenue qui permettra aux nouveaux venus de découvrir
un PALAHNIUK au meilleur de sa forme, là où les connaisseurs
se contenteront d’apprécier ces tranches de vies douces
amères, racontées tranquillement par un auteur décidément
majeur.
Si le "Festival de la couille" ne concerne finalement qu’un
seul texte ["Testy Festy" en anglais], le recueil lui-même
s’intitule assez explicitement "Stranger than fiction".
traduit littéralement par "Plus étrange que la fiction",
le titre a le mérite d’être clair : les histoires
compilées ici sont des oeuvres journalistiques. Elles concernent
donc des personnages, des situations et des contextes bien réels.
Et si cette vérité si chère à l’objectivité
est quelque peu malmenée par l’absurde, le tragique ou
même l’héroïque, qui s’en plaindrait ?
A mi-chemin entre le récit autobiographique et le compte rendu
d’actualité, "Le festival de la couille" n’a
rien d’un brûlot nihiliste engagé, mais allie au
contraire pudeur et sobriété, pour un résultat
étonnamment tendre à l’égard du genre humain.
Terrible constat pour ceux qui pensaient tout connaître de leur
ami Chuck. Le monsieur aime son prochain. Et il le prouve magistralement
en évoquant quelques spécimen aussi barrés que
lumineux, sans jugement ni catégorisation, sans moquerie ni exagération,
avec intelligence et parfois même une sincère dose d’admiration.
De l’admiration, il faut pourtant gratter loin pour en trouver
face à ce concours de stock-car-moissonneuse-batteuses, où
des machines agricoles relookées façon Mad Max Vs Alain
Prost s’affrontent dans la boue, dans un immense hurlement de
ferraille torturée, pilotées par des allumés fidèles
à un idéal sportif parfaitement inaccessible au commun
des mortels.
Du respect, il faut chercher longtemps pour en concevoir face aux tarés
fracassés par la vie qui se foutent des peignées dans
le cadre très structuré de la lutte gréco-romaine.
Sport méconnu et méprisé, peu médiatique
et donc pauvre, pratiqué pourtant dans les règles de l’art
par des hommes et des femmes dont le courage et l’abnégation
laissent pantois un lecteur incrédule.
Quant aux bâtisseurs de châteaux médiévaux,
ils pourraient faire sourire. Mais pour peu qu’on découvre
l’hallucinante somme d’efforts que leur construction représente,
quand on comprend peu à peu que leurs propriétaires les
ont bâtis de leurs mains, pierres après pierres, sacrifiant
parfois leur vie de famille au profit d’une passion aussi payante
que destructrice, on a bien du mal à ne pas avoir envie de leur
offrir un verre en leur tapant sur l’épaule.
Ils
sont tous comme ça, les personnages de PALAHNIUK. Allumés,
grands-brûlés de l’existence, dingues et attachants.
Tous avec leurs délires, leurs passions, leurs soucis. Tous à
des milliers d’années lumières de nos vies, et pourtant
si proches. Ce sont nos voisins, nos banquiers, nos facteurs, nos agents
d’assurance, ils tournent dans leur monde en orbite désynchronisée,
et nous ne pourrons jamais en voir les deux faces. C’est comme
ça et c’est tant mieux. PALAHNIUK leur donne la parole,
du plus humble au plus célèbre, avant de la prendre lui-même
pour s’auto-ridiculiser et rendre à obsessionnel ce qui
appartient à obsessionnel.
Notre monde est peut-être bien malade, mais on y trouve encore
une sacré humanité.
Merci, Monsieur, de nous la rendre si lisible.