YOKO OGAWA - LA FORMULE PREFEREE DU PROFESSEUR - ACTES SUD

Eternelle décalée au pays des lettres nipponnes, Yoko OGAWA s’est distinguée par des textes courts et incisifs, ciselés et violents, auréolés d’une lourde angoisse qui contribuait à ranger ses oeuvres au rayons Transfictions.


Dernier roman en date et lauréat d’un prix mathématique japonais [eh oui], "La formule préférée du professeur" est un récit simple et humain, parfaitement fidèle à l’univers si particulier de Yoko OGAWA. Nous y suivons l’itinéraire d’une jeune femme mère célibataire qui travaille comme femme de ménage via une entreprise d’intérim comme il en existe de plus en plus dans un Japon désormais en crise.
Hasard de l’existence, la voilà au service d’une dame étrange et solitaire, seule parente d’un vieux professeur de mathématique qui vit en reclus dans une dépendance de la propriété. Le travail est simple, s’occuper de lui, laver, repasser, faire la cuisine, sans jamais traverser le jardin et déranger la dame. Rien de bien compliqué à première vue, sauf que le monsieur en question souffre d’une maladie rarissime depuis une bonne vingtaine d’année : sa mémoire ne dure pas plus de quatre-vingt minutes. Bloqué dans un univers qui n’a jamais dépassé les années 70, le vieux mathématicien survit tant bien que mal en accrochant de petites étiquettes de papier qui lui rappellent son état et les choses à savoir...


A partir de ce scénario simplissime et douloureux, Yoko OGAWA brosse un tableau étonnamment touchant de la filiation. Car le courant passe entre elle et ce vieil homme handicapé, même si le souvenir disparaît à intervalles réguliers. Et quand le jeune fils de l’aide ménagère rencontre le vieil homme à son tour, le tableau fonctionne encore mieux. Le mathématicien aime les chiffre, l’univers élégant, et plus encore ce jeune garçon qu’il baptisera Root à cause de sa tête plate comme une racine carrée.
De ce trio plus ou moins désespéré, l’espoir tisse une trame à la fois curative et subtile, alors que la grâce des mathématiques pures s’installe peu à peu, à l’image de la mémoire, comme une vague idée qui auréole un quotidien morne d’une lumière glorieuse. Intelligent, touchant et simplement beau, "La formule préférée du professeur" est, hélas, un livre lent et ennuyeux.
On sent bien qu’une courte nouvelle [genre dans lequel OGAWA est passée maître] aurait fait de ce texte le chef d’oeuvre qu’il n’est pas. C’est fondamentalement dommage, tant la haute tenue de l’ensemble prouve, s’il le fallait, que Yoko OGAWA a sa place au premier rang du panthéon littéraire japonais. Un livre évidemment pas inintéressant, mais mineur dans une oeuvre aussi dérangeante que touchante.
A réserver aux inconditionnels, donc.
Les autres se plongeront avec délice dans "Tristes revanches", sublime recueil de nouvelles dont on ne dira jamais assez de bien.

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