En
attendant la publication prochaine de son tout dernier texte, les lecteurs
impatients peuvent se procurer Amours en marge chez Actes Sud,
premier vrai roman de Yoko Ogawa, japonaise aussi décalée
qu’importante dans la littérature de l’imaginaire.
Hélas, si le récent recueil Tristes revanches
relevait du chef d’oeuvre, force est de constater qu’Amours
en marge est un roman passable, voire médiocre. Eternelle
variation autour de la rupture et de ses conséquences (des conséquences
d’ailleurs plus graves, car socialement marquées au Japon),
l’histoire ne parvient jamais à réellement intéresser
le lecteur. Le talent de Yoko Ogawa n’est pourtant pas à
remettre en cause, tant sa narration est fluide, sans heurt, douce,
en contradiction totale avec la violence des sentiments (et cette sensation
de désastre imminent) qui caractérise une écriture
bien souvent douloureuse. Impeccablement mis en scène, Amours
en marge est tout simplement trop long. La nouvelle s’imposait
d’elle même, un exercice qu’Ogawa maîtrise d’ailleurs
à merveille. Il faut donc venir à bout des quelques 150
pages poussives qui ennuient peu à peu, la lecture sombrant elle
aussi dans la léthargie progressive de l’héroïne,
récemment abandonnée par un mari volage. Quelques paragraphes
sublimes jaillissent au détour des situations les plus banales,
comme la relation délicieusement ambiguë entre la femme
et son neveu, mais rien qui puisse réellement sauver l’histoire
du naufrage. La bizarrerie est encore de mise, notamment grâce
à la présence onirique ou réelle (au lecteur d’en
décider, ce qui ne fait de mal à personne) du sténographe,
personnage masculin dont la sexualité et la sensualité
(le texte est remarquable de pudeur, à tous les niveaux) passent
à travers du stylo plume.
A
la lisère du rêve, du fantastique et du quotidien le plus
prosaïque, Amours en marge est avant tout un récit
psychanalytique. Histoire d’une rupture, mais également
d’une guérison, Ogawa en devient finalement presque optimiste.
Un roman déroutant et simple, à réserver aux inconditionnels.
Les curieux s’orienteront sur l’exceptionnel Tristes
revanches, recueil dont on ne dira jamais assez de bien.