Plume
discrète, mais présente, dans le paysage science-fictionnesque
français, Francis BERTHELOT reste fidèle à lui-même
avec "Nuit de colère", roman poétique publié
chez Flammarion dans la collection Imagine.
À l'instar du héros de "L'oreille interne" (d'un
certain SILVERBERG, vaguement connu dans le milieu), Kantor a un secret
: Il possède un pouvoir de pénétration mentale
hérité de son père, gourou allumé d'une
secte suicidaire dont les adeptes se sont immolés en 1978.
Seul survivant, Kantor est recueilli par sa tante, mais peine à
s'adapter au monde. En lui, la culpabilité lutte avec le dégoût
de soi-même, tandis qu'une vision cynique de l'humanité
finit de l'arracher au monde.
À l'école, Kantor fait la connaissance d'Octave, le fils
de Yann Angernal, philosophe acclamé dont les théories
sur le despotisme en ont fait une star internationale. Autour d'eux
gravite la figure d'Iris, soeur d'Octave, seule à croire encore
à la vie, alors que son frère s'enfonce dans le repli
catatonique et Kantor dans la fange humaine.
Si les scènes décrites par BERTHELOT peuvent parfois agacer
par une certaine vision romanticoridicule [Kantor en long manteau de
cuir noir battu par le vent, Iris en violoniste qui tutoie l'infini
étoilé etc.], son écriture n'en reste pas moins
l'une des plus originales et des meilleures du moment. Tour à
tour enjouée, ampoulée, retournée, déjouée,
rejouée, mais toujours poétique, elle n'en finit pas de
séduire le lecteur par mille et un détours inattendus.
Bref, si le plaisir est mitigé du côté de l'intrigue,
il est remarquablement puissant par la musicalité du texte. À
recommander aux amoureux du langage.