Curieuse
tentative que celle d’explorer trois siècles d’Histoire
“parallèle” en suivant celle d’un mystérieux
François Personne [Nemo, en latin], dont l’essence surnaturelle
lui permet d’être le témoin privilégié
d’événements aussi variés que la mort de
Napoléon, la création du Frankenstein de Shelley, l’ascension
de Victor Hugo ou les intrigues géopolitiques de la France sous
louis XVIII. Curieuse tentative, certes, mais louable courage, dans
la mesure où les deux premiers tomes évoqués ici
ne sont que le début d’une nouvelle série qui, si
l’on en croit le site internet de Jean-Marc Ligny, doit en compter
une vingtaine. Autant dire que la masse de travail que cela représente
est tout simplement monstrueuse et qu’on se demande où
un tel leviathan va conduire les deux auteurs, s’il ne les dévore
pas purement et simplement.
Au-delà de l’étonnement qu’on peut ressentir
face à cette improbable résurgence du roman feuilleton,
on ne peut finalement qu’y adhérer, tant l’intelligence
du propos, la qualité de la plume et l’habileté
narrative font de “L’aiglon à deux têtes”
et de “La dame blanche” un véritable enchantement.
Captivé malgré lui dès les premières pages
[et ce, même s’il se contrefiche allègrement de l’ère
post-napoléonienne], le lecteur est d’abord intrigué,
puis objectivement passionné par les destins hors du commun du
Maréchal Ney, du sinistre Fouché [dont on recommande au
passage le superbe livre que lui a consacré Stefan Zweig], de
Percy et Mary Shelley, de Balzac, de Dumas, de Hugo, de Byron, de Napoléon
et de bien d’autres qui traversent ces deux romans comme des fantômes
paradoxalement plein de vie.
Dans un cadre surnaturel qui met en scène d’étranges
entités peu recommandables qui accordent le pouvoir à
ceux qui sont à l’origine plus ou moins obscure des futurs
grands massacres dont elles se repaissent au sens propre, Ligny et Cothias
[on connaît le dernier pour ses scénarios de BD, on ne
présente plus le premier] y ajoutent une curieuse dame blanche,
sorte de fantôme destructeur qui ruine [ou qui s’y emploie]
la vie de tous les personnages public ou obscurs qu’admire le
fils de Napoléon [l’aiglon], retenu en Autriche par sa
mère suite à la déportation de son père.
Obligé de se fondre dans un monde qui n’est pas le sien,
petit garçon terrifié par les créatures dont il
perçoit l’ombre sinistre planer sur le monde, le jeune
François s’invente un alter ego, un double libre comme
l’air, capable de se déplacer où il le désire
et d’apparaître devant qui il veut, baptisé François
Nemo.
Or, c’est justement lui dont cherche à se venger la dame
blanche, quitte à massacrer tous ces auteurs [de Dumas à
Balzac en passant par Byron et Hugo] dont raffole le jeune François.
Qui est cette dame blanche, que veut-elle ? Qui sont ces créatures
vampiriques dont les agissements rappellent ceux des dieux antiques
? Qui [ou plutôt quoi ?] est vraiment François Personne
? Autant de questions que ces deux premiers tomes ne font qu’effleurer,
mais en réussissant la prouesse de maintenir un rythme échevelé
et passionnant de bout en bout.
Une réussite totale, suffisamment historique pour contenter les
amateurs et dont le fantastique léger [bien que lourd de sous-entendu]
rassemblera les amoureux du genre. Autant dire que les prochains tomes
sont attendus de pied ferme.