Écrivain
[plus que] percutant, PALAHNIUK n'est pas que l'auteur de "Fight
Club", polar génialissime et fou, adapté au cinéma
par FINCHER. Après "Survivant" [excellent] et "Choke"
[tout aussi excellent] voici "Monstres invisibles", un livre
dans la lignée des précédents, et qui soulève
les croûtes d'un pays malade pour mieux en scruter les plaies.
Quand on est laid, mais vraiment laid, c'est-à-dire monstrueux
et défiguré, plus personne ne vous regarde. Plus personne
ne vous aime. Plus jamais. Vous pouvez entrer dans un supermarché,
prendre une énorme dinde surgelée et sortir du magasin
sans que personne ne vous dise quoi que ce soit. Vous pouvez frauder
dans le métro et personne ne vous contrôlera. En un mot
vous êtes invisible, intouchable, vous n'existez pas.
Quand on est jeune, belle, bien foutue et mannequin en Amérique,
la vie est merveilleuse. Mais il suffit d'une balle perdue pour vous
fracasser la mâchoire et faire de votre bouche un trou béant,
au fond duquel palpite un bout de langue et quelques morceaux de dents.
C'est ce qui arrive à la narratrice, et "Monstres invisibles"
raconte son odyssée à travers les US, en compagnie d'un
transsexuel camé jusqu'aux yeux et de quelques autres écorché[e]s
vifs.
On retrouve ici tout PALAHNIUK, son humour acide, sa franchise radicale
et ses descriptions dévastatrices. L'idée de "Monstres
invisibles" lui est d'ailleurs venue après avoir été
frappé par un type lors d'une rixe. Tuméfié, encroûté
de sang et particulièrement bien poché, PALAHNIUK lui-même
a fait l'expérience de cette "invisibilité".
Il en a d'ailleurs tiré "Fight club" dans un premier
temps, "Monstres invisibles" faisant office d'épisode
II [mais restant le premier roman de PALAHNIUK, celui-là même
que les éditeurs avaient refusé].
Si le propos reste dérangeant et bien mené, force est
de reconnaître que l'auteur tire un peu trop la ficelle du coup
de théâtre, et que ce dernier roman est finalement le plus
faible de tous.
Pas grave, parce que ça reste du PALAHNIUK et qu'on adore PALAHNIUK...
PS : Un dernier mot pour maudire l’abominable traduction de Freddy
Michalski (on n’est d’ailleurs même pas sûr
de l’orthographe de son nom, mais on ne va pas apporter plus de
soin à ça que lui à ses traductions). Ce type a
eu l’exceptionnel nez de traduire Fight Club par « Le club
La Cogne ». Trop fort, Freddy. La première règle
du Club La Cogne, c’est qu’on ne parle pas du Club La Cogne…
J’adoooore.
C’est lui qui torture le pauvre Palahniuk romans après
romans. Franchement, il est grand temps qu’il cesse. Quand on
a la possibilité de lire en anglais, on mesure l’étendue
du désastre et on pleure. Pourquoi le monde est-il rempli de
Freddy Michalmachin ? Hein, pourquoi ?