Délaissant
le roman initiatique pour une histoire de facture plus classique, Georges
Foveau complète ses chroniques de l’empire Dlée
avec «Les mines de l’Est», quatrième (et dernier
?) volume d’un cycle original de Fantasy à la française.
Fidèle des descriptions riches en adjectifs évocateurs,
Foveau développe à sa vitesse un texte riche, beau et
parfaitement ciselé, propulsant son héro fétiche
dans un complot sordide : Malgré la tutelle du premier ministre
Rahaguen, le jeune empereur Rasmine n’est pas encore totalement
débarrassé des vieux démons de l’empire.
Témoins, ces nobliaux amers et méprisants, furieux de
voir leurs privilèges s’étioler au fil des mois,
au profit d’une caste roturière de basse extraction. En
bonne logique scénaristique, un complot se prépare, mélangeant
intrigues politiques classiques et alliances monstrueuses avec le mal
absolu, les séides de Mogart Priack, déjà responsables
d’une tentative d’éradication de toute vie (ce qui
a le mérite d’être radical), et avides de faire renaître
leur démon préféré… Echappant de justesse
à une tentative de meurtre, le Grand Quisiteur Soze, désormais
au-delà de la quarantaine, se rend à l’Est de l’empire,
bien décidé à comprendre ce qui se trame dans cette
région sur laquelle circulent les rumeurs les plus folles…
Et les plus effrayantes.
Malgré une plume juste et douloureusement précise, malgré
un style inimitable et musical, malgré l’évident
plaisir que procure la lecture des «Mines de l’Est»,
force est de constater que la trame même de l’histoire est
tristement classique et sans surprise. Le Mal guette. Le voilà
prêt à se réveiller. Mais le Bien veille. Après
quelques aventures (et quelques trahisons plutôt prévisibles),
le Bien gagne. Il ne reste plus qu’à meubler, ce que Georges
Foveau fait avec grand talent…
C’est dommage que tout ça n’aille pas plus loin,
car la Fantasy souffre justement de cette puérile polarisation
entre le bien et le mal, de ce manichéisme permanent qui plombe
même les textes les plus audacieux. Un défaut d’autant
plus regrettable que l’esthétique des romans de Foveau
est irréprochable (un grand bravo à l’éditeur,
pour sa ligne graphique sobre et élégante), et qu’on
a véritablement affaire à un écrivain de tout premier
ordre. Il ne nous reste plus qu’à attendre la même
plume acérée et le scénario imparable pour lire
le prochain chef d’œuvre du fantastique français.
Patience, ça vient.