Aucune
compromission, aucun espoir, aucun rachat nous dit Libération.
Voilà le lecteur prévenu. Ouvrir un Di Rollo relève
donc de l’épreuve, d’une volonté réelle
de s’abîmer dans les méandres les plus noirs de l’âme
humaine, pour y découvrir très exactement ce à
quoi on pouvait s’attendre. De la pourriture, de la merde, des
fluides, du sang et, tout au bout, la mort. Fallait-il vraiment écrire
237 pages pour en arriver là ? La question peut légitimement
se poser, tant Meddik peine à convaincre qui que ce
soit.
Détracteurs et laudateurs s’accordent sur une sempiternelle
phrase, servie jusqu’à la nausée dans la quasi totalité
des médias spécialisés. Di Rollo écrit bien.
Voilà qui ne veut strictement rien dire, mais ça ne coûte
pas cher. Donc, oui, Di Rollo écrit bien. Di Rollo écrit
bien au sens précis où sa technique littéraire,
son style personnel sont l’exact reflet de ce qu’il décrit.
D’où une efficacité indéniable et une fluidité
remarquable. Reste que le style ne signifie strictement rien quand il
ne repose sur rien. Et le vide, c’est justement ce que l’on
reprochera à Meddik. Un vide presque terrifiant.
Dans un monde mort et putride, l’humanité se partage entre
les Justes (aristocrates surpuissants qui vivent dans un luxe aseptisé)
et les autres. Guerilleros exterminateurs de chrétiens dont le
combat est depuis longtemps oublié, industrieux prolétaires
parfaitement assimilés en tant qu’esclaves, sans oublier
les pauvres, base fondamentale de tout système pyramidal. Au
beau milieu de ce chaos aussi crédible que l'honnêteté
de Jacques Chirac, de gigantesques vautours mutants prélèvent
régulièrement leur quota de viande humaine (vivante ou
morte, c’est selon). Parfaitement inadapté à son
rôle de Juste, le jeune Stolker se réfugie dans la drogue
la plus dure, rencontrant à chaque trip une sorte d’alter
ego pachydermique (l’éléphant, donc) tour à
tour symbole du père, de la mort ou de n’importe quoi.
Incarnation d’une mystique brumeuse, Meddik (c’est
son nom) montre la voix (lui révèle ?) au jeune homme.
Tuer. Tout. Tous. Vite.
Fort logiquement, Stolker descend dans les bas-fonds de la société
humaine pour devenir un guerillero tueur de dieux. Meddik est son histoire,
une histoire qui s’achève sur Mars terraformée,
sans que le récit aille nulle part.
Si Meddik ne manque assurément pas d’intérêt,
notamment pour la petite musique désespéré qui
s’en écoule (en suinte ?), Thierry Di Rollo loupe singulièrement
son sujet. Un homme, bouffé par une société écoeurante,
trace sa route vengeresse en tuant à peu près tout le
monde. Point. Taxer ce roman de vacuité n’est donc pas
abusif, tant le texte manque de sens. On y répondra que le but
de l’auteur ne réside pas dans le sens, justement, mais
la gratuité générale n’a même pas le
privilège d’être malsaine, ou tout simplement scandaleuse.
Longue suite d’horreurs qui n’effraient plus personne (surtout
pas ceux qui ont lu Crash ! de Ballard, écrit en 1973,
quand même), Meddik pourrait être fascinant mais
se révèle creux. Dommage, car Thierry Di Rollo est évidemment
un grand conteur. Ne reste plus qu’à lire son grand texte.