Les
temps changent et, pour tous ceux qui en doutaient, la SF n'est désormais
plus cantonnée au monde spécialisé qui la
caractérisait autrefois. Témoin " Mars blanche "
du trés prolifique et très anglais Brian ALDISS, publié
aux éditions Métailié, maison d'édition
jusque-là réservée à la littérature
générale de [trés] haute qualité.
Son ouverture vers le polar et la SF est donc une excellente nouvelle
pour nous.
Si "Mars blanche" est apparamment un roman d'anticipation,
c'est avant tout un ouvrage de réflexion sur l'utopie, la violence,
la communication, l'évolution et l'espèce humaine en général
[!].
Un projet ambitieux qui, s'il n'intéressera aucunement les amateurs
d'action et de space opera, réjouira ceux qui privilégient
humanisme, réflexion, prospective scientifique et complexité
des personnages : après le premier débarquement humain
sur Mars, la planéte est le théâtre d'une expérience
scientifique sans précédent visant la connaissance intime
de la structure de l'univers. Une colonie scientifique permanente s'y
installe, avant de se retrouver totalement isolée suite à
l'effondrement économique terrien. Désormais seule, la
communauté va construire une utopie égalitaire autonome,
ce qui, on s'en doute, ne va pas sans complications.
Soyons clairs, certaines pages s'apparentent à de la pure [mais
franchement pure] Hard SF [le livre n'a pas été écrit
en collaboration avec un mathématicien pour rien]. L'essentiel
du livre est une histoire humaine, faite de hauts et de bas, particulièrement
réaliste. Comment traiter la violence quand elle se déclenche
dans une société sans lois ? Quelle place accorder aux
enfants ? Quelle éducation leur donner ? Comment gouverner ?
Quelle économie ? Que faire d'anachronismes comme la religion
? Que devient l'état dans l'anarchie ?
Autant de questions auxquelles ALDISS tente de répondre avec
brio, humour et tendresse. L'histoire s'accélérera quand
une forme de vie Martienne quasi inconcevable sera mise en évidence.
Que penser alors d'une évolution basée sur la collaboration
plutôt que sur la compétition, chère à Darwin
?
Vous l'aurez compris, " Mars blanche " est beaucoup plus qu'un
simple roman.
C'est un manuel de philosophie utopique écrite par un homme de
75 ans.
Un authentique chef d'oeuvre poétique, drôle et parfois
pathétique.
Absolument indispensable.