Vieux
routier de la littérature alimentaire, Serge Brussolo se fait
souvent plaisir avec des textes plus intimistes et moins vendeurs. Inscrit
dans la même veine que «Le syndrome du scaphandrier»,
«Mange monde» est un «bon Brussolo», même
s’il pêche par une certaine longueur.
Distillée sous la forme des souvenirs de Matthias, l’histoire
est vue à travers le prisme déformant d’une subjectivité
toute intérieure. D’abord gamin, Matthias voit la lente
déchéance de sa mère, sculpteuse lunatique gagnée
par la folie. En toile de fond, Mange-Monde, sorte d’ogre imaginaire
qui ronge les côtes françaises, jetant de plus en plus
de réfugiés vers l’intérieur. Désormais
orphelin au beau milieu d’un pays en guerre, Matthias apprend
en grandissant la vraie nature de Mange-Monde : Des bombes sismiques
qui ont ravagé la planète, effondrant les continents et
laissant l’océan tout recouvrer. De la France ne subsistent
désormais que quelques îlots, archipels dépenaillés
et perdus, informes et glauques. Pour redonner à la France son
honneur lacéré, le gouvernement crée une académie
des artistes de la dynamite. Leur rôle ? Retailler les côtes
des îles en forme de France. Et pour Matthias, heureux jeune diplômé
de cette académie, le travail ne manque pas.
Aux commandes d’une canonnière fournie par le gouvernement,
en compagnie de sa femme et de son fils handicapé mental, Matthias
connaît quelques années de gloire, avant que la déchéance
ne le gagne à son tour.
Tout à fait tragique, définitivement dénué
d’humour, sombre et moite, «Mange monde» est un livre
d’ambiance, mais on sent bien que Brussolo a du mal à faire
coïncider toutes les histoires qu’il veut y ranger. SF catastrophique,
récit d’une jeunesse d’artiste, réflexion
sur la misère du couple, tous ces thèmes se télescopent
sans vraiment réussir à donner du rythme à l’ensemble.
Au final, une heure de lecture fluide, pas inintéressante, mais
pas non plus inoubliable.