BRUCE STERLING - LES MAILLES DU RESEAU - FOLIO SF

Un pavé de Sterling réédité par Folio SF, c'est une bonne nouvelle, surtout quand on nous annonce que ledit bouquin est "emblématique de la génération câblée".


En fait de câble, "Les mailles du réseau" ne traite absolument pas du virtuel, et laisse même le Net en filigrane. STERLING travaille plutôt autour d'un thème à la Tom CLANCY, à peine mâtiné de science-fiction.


Nous sommes dans les années 20 [2000], et le principe même de gouvernement semble avoir disparu. Les Etats-Unis, par exemple, forment en fait une grande famille d'entreprises commerciales qui possèdent presque leurs employé[e]s. De l'Europe, nous ne savons pas grand-chose.
Par contre, chez les pauvres [nègres, bougnoules et autres singes jaunes], les choses bougent. Les terroristes sont à l'affût et domineront le monde d'ici peu. Et ce n'est pas la police de "Vienne" [symbole à peine masqué de l'ONU] qui pourra faire quelque chose pour préserver les intérêts du monde civilisé.


Laura Webster est une américaine modèle. Elle est trentenaire, sportive, mariée à un gentil David et pouponne un sympathique petit bébé joli. Dirigeante [on dit associée] d'une sorte d'auberge appartenant à l'entreprise Rizome, elle est contrainte par sa direction [on dit associés] d'accepter la réunion en ses murs de représentants d'états pirates. Ces endroits gérés par des trafiquants [drogues, armes et surtout données informatiques] qui menacent l'hégémonie libéraliste gentille. Et quand on tue un de ces représentants sous les yeux de Laura, cette dernière n'a qu'une chose à faire, rétablir la vérité en la cherchant là où elle se trouve, c'est-à-dire chez les nègres bougnoules singes jaunes [rayez la mention inutile]. Et ça pète chez les pauvres, mais la libre entreprise finira par triompher. Faut pas déconner.


Autant dire très clairement que la lecture des "Mailles du réseau" laisse perplexe. On a d'un côté la peinture d'un monde assez crédible, et de l'autre la peinture d'un monde invraisemblable. On a l'oeuvre d'un type très connu sur la gauche, et on a l'oeuvre réac et idéologiquement puante d'un type dont on ne sait pas quoi penser.
Car le procédé est simpliste [à défaut de l'intrigue] : Laura se bat seule contre la violence et l'empire du mal au nom de la liberté [d'entreprendre] et de la vérité ultime. Sur sa route, les colorés sont faibles, méchants, parfois sympathiques mais bêtes, machiavéliques et très [mais alors très] dangereux.


Dans sa quête, Laura se rend compte que le complot mondial terroriste n'est pas celui qu'on croit [c'est la faute à ces salauds de nègres, autant le savoir tout de suite, surtout ces pourritures de maliens, qu’on devrait bombarder rapidement de manière préventive comme on l’a fait pour les soudanais qui ont compris la leçon, eux]. Heureusement, elle rencontre un américain anar qui s'occupe de la révolte des touaregs [ces crétins de bougnoules sont incapables de s'en occuper tout seul, faut pas oublier]. Ce type tout seul l'aide à comprendre que, en fait, les terroristes sont soutenus par la police mondiale de Vienne, c'est-à-dire la seule organisation internationale qui tente de mettre de l'ordre dans tout ce bordel. Oh la méchante traîtrise. Heureusement que la bonne vieille morale ricaine veille.


Bref, on retrouve clairement les thèmes chers aux américains [du Nord, hein. Au Sud, ils crèvent] : Seul, le héros part en guerre contre les institutions qui ne comprennent rien. Seul, il rétablit la vérité. Seul, il aide le monde libre à continuer à respirer. Mieux, il fait comprendre que toutes les tentatives de coopération internationale sont vouées à l'échec car lentes ou pourries [au choix].
Le héros, seul, se réserve le droit de tout faire péter quand on l'emmerde. Voilà qui devrait vous rappeler quelque chose.


Holà, direz-vous, attention, l'ironie ça existe, et STERLING la manie avec subtilité, et bien je répondrai : Que dalle.
STERLING ne manie rien. Et surtout pas le second degré.
"Les mailles du réseau" est un livre qui pue.
"Les mailles du réseau" est un livre simpliste.
"Les mailles du réseau" est un livre même pas divertissant.


Un mot pour terminer sur la traduction merdique de Jean BONNEFOY [je suis énervé, là]. Vous voulez savoir pourquoi BONNEFOY est un cuistre ? Pour ça : Quand l'auteur parle de "Sâti" [le rite hindou qui consiste à cramer les veuves [vivantes] sur le bûcher du mari], BONNEFOY met une note à l'usage des sourds et malentendants : "Le sâti est le rite hindou d'immolation des veuves sur le bûcher funéraire de leur mari. Il était encore pratiqué parfois au XXème siècle, malgré son abolition en 1819". On sent qu'il voulait aussi dire que l'interdiction avait eu lieu un mardi, et que le principal signataire était Lord Steepleton, gouverneur de la province de Pondichéry jusqu'en octobre 1824, avant son rappel en métropole où il finit ses jours dans son cottage du pays de Galles.
Vous pensez que j'exagère ? Ouvrez n'importe quel bouquin traduit par BONNEFOY [je dis bien n'importe lequel] et amusez-vous à lire les notes. Vous verrez.


Deuxième mot pour continuer le tir contre Folio SF : Quand on réédite un bouquin soigneusement, on ne se contente pas de changer la couverture. On travaille aussi sur les fautes et coquilles, mais surtout on enlève les astérisques qui disent "voir préface" quand il n'y a pas de préface.
J'ai vérifié sur l'édition PdF, il y a une préface.
Franchement, ça me fait marrer.

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