CHUCK PALAHNIUK - LULLABY (BERCEUSE) - GALLIMARD

Ô joie, le nouvel opus de PALAHNIUK est paru outre-manche [et outre-atlantique, forcément], Ô joie, ça s’appelle Lullaby et c’est véritablement une histoire fantastique, Ô malheur, ce texte ne sera pas publié avant 2004 en France. En attendant, les anglophones peuvent s’y précipiter.

[ NOTA: Cette chronique a été écrite en Avril 2003, à l'époque ou "Lullaby" ne s'appelait pas encore "Berceuse", un titre misérable, soit dit en passant. Pour le reste, c'est ce qui s'appelle faire du neuf avec du vieux... ]


C’est maintenant presque une habitude chez PALAHNIUK, Lullaby est une sorte de road-movie mis sur papier, entrecroisé de flash-back et de digressions variés. On retrouve le style propre à l’auteur, et cette narration non-linéaire décalée, broyée et déroutante, qui reste malgré tout d’une grande lisibilité.


Vrai roman fantastique [enfin !], Lullaby tourne autour d’un vieux conte africain, responsable de la mort subite des nourrissons quand il leur est lu à voix haute. Alors qu’il enquête sur ce syndrome, Carl Streator [journaliste traumatisé par la mort de son épouse et de sa fille] s’aperçoit que ce sortilège peut tuer n’importe qui, et qu’il suffit parfois de le penser pour voir une victime rouler des yeux et s’écrouler.
Transformé en serial killer malgré lui, Carl s’embarque dans une odyssée à travers tous les USA, pour récupérer et détruire toutes les pages 27 du recueil de contes qui comprend le texte meurtrier. Avec lui, on trouve une propriétaire d’agence immobilière spécialisée dans la vente de maisons hantées, sa secrétaire apprentie-sorcière et son copain eco-warrior. À eux trois, ils vivent des scènes délirantes avant de se rendre compte qu’ils risquent de trouver le fameux Livre des Sorcières, un grimoire maudit qui renferme la sorcellerie du monde entier. Dès lors, la quête du pouvoir pervertit l’altruisme du début.


Comme on s’en doute, l’intrigue est un prétexte qui permet à PALAHNIUK d’aligner des remarques souvent hilarantes, parfois sordides, mais toujours percutantes sur l’humanité. De la nécrophilie la plus glauque à l’humour le plus débridé en passant par des scènes d’une rare émotion, Lullaby est un roman majeur, à part, lumineux et absolument inclassable. Polar fantastico-ésotérico-réaliste, ce texte est tout simplement l’un des meilleurs de PALAHNIUK.

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