De
temps en temps, la célèbre Série Noire se lâche
et s'offre un ou deux titres qui louchent beaucoup plus du côté
de la SF que du bon vieux polar.
C'est une bonne chose, car les genres littéraires peuvent zapper
les passerelles et s'aventurer sur des terrains entièrement nouveaux.
C'est le cas du "Lézard lubrique du Melancholy Cove"
dont le titre annonce quelque chose de réjouissant.
Dans ce curieux mélange entre réalisme populaire et fantastique
délirant, on trouve d'abord un monstre marin [dont l'origine
douteuse reste inexpliquée] aux appétits variés,
un Sherif désagréable aux activités louches, un
brave flic municipal qui entretient soigneusement son carré de
cannabis, une ex-actrice schizophrène [mais toujours sexy, avec
ses bikinis de cuir noir et son épée à double tranchant]
de films Z post-apocalyptiques dont les titres s'approchent de "
Kendra l'amazone des terres inconnues contre le mutant de la mort qui
tue sa pute de mère", un bluesman responsable de la mort
du fils dudit monstre marin [et ce dernier lui en veut d'ailleurs beaucoup],
un tenancier de resto qui s'appelle Howard Philip, une tenancière
de bar dont la quasi intégralité des organes a été
remplacée par des prothèses en titane, une psychiatre
qui délivre du Prozac à tour de bras avant de décider
que non c'est mal tiens si j'arrêtais d'en donner que se passerait-il,
un pharmacien véreux qui se tape des cétacés (mais
uniquement par l'anus), un biologiste fan des rats et du jus de cerveau,
et un chien qui aimerait bien pouvoir se rouler de temps en temps dans
la charogne.
Et tout ce petit monde vit à Melancoly Cove, bourgade californienne
dans laquelle il ne se passe évidemment jamais rien, et dont
le quotidien va être bouleversé par l'irruption du monstre
[d'abord déguisé en caravane] dont les émanations
phéromonales provoquent chez les humains un brusque regain de
libido.
Bref, on le voit, le livre est écrit par un dangereux névropathe,
mais le propos reste très sérieux et on finit presque
par y croire. Ce n'est pas le chef d'oeuvre du siècle, mais dans
le genre, c'est plutôt une réussite.
À découvrir.