On
connaissait la [très bonne] "Cité entre les mondes",
on avait lu "Passeport pour les étoiles" publié
en poche chez Folio SF, mais on ignorait le VALERY introspectif si bien
représenté par "Le talent assassiné".
Publié chez Denoël dans la belle collection Lune D'encre,
"Le talent assassiné" est / n'est pas un roman / essai
expérimental fantastique / réaliste, mais plutôt
un délire / pamphlet très sérieux qui louche du
côté de l'autobiographie imaginaire / imaginée /
anti-autobiographique.
C'est vrai que ça laisse un peu perplexe, mais ça n'empêche
pas de résumer la situation : Dans la vraie vie vraie de la vie,
Francis VALERY a rendez-vous avec Gilles DUMAY, directeur de la bien
connue collection Lune D'encre et grand baiseur de stagiaires [comme
chacun sait]. Sur le chemin, un attentat envoie VALERY faire un tour
du côté du coma et les choses se compliquent. Parce que,
en fait, c'est plutôt Jean Hubert DE LA THIBAUDIERE qui a rendez-vous
avec Gilles DUMAYSBERG, son éditeur / bienfaiteur / persécuteur.
Ce dernier lui explique que les ventes chutent, et qu'il va falloir
passer à autre chose pour rester à flot. Mais au-delà
de ça, JH [appelez-le JH, d'accord] rencontre d'autres personnages
curieux, des personnages qui semblent être de simples pseudonymes
d'un mystérieux auteur. Et si JH lui-même était
aussi un pseudonyme ? La création d'un auteur a-t-elle droit
à l'existence ?
Bref, si le propos de VALERY semble burlesque, si les relations d'amour
et de haine entre auteur et éditeur sont remarquablement bien
rendues et remarquablement vachardes, "Le talent assassiné"
est un livre très sérieux. Sous forme d'enquête
policière, VALERY livre quelques éléments autobiographiques
touchants, et sa galerie de portraits vaut largement le détour.
Au final, le livre est drôle, audacieux et passionnant.
Un VALERY grand cru pour un voyage aux confins de l'imagination, sans
vaisseau spatial, sans amas tentaculaire, sans combat à la hache
maudite, sans invasion plutonienne, bref, du vrai fantastique sans toc.
Et une belle réflexion sur la création. En plus. Ce qui
ne coûte rien et qui fait toujours plaisir.