ALASDAIR GRAY - LE FAISEUR D'HISTOIRE - METAILIER

Louées soient les éditions Métailier qui ont le bonheur et la bonne idée d'éditer en France l'oeuvre d'Alasdair GRAY. Cet écossais de presque 70 ans avait déjà séduit avec son "Lanark" [paru en 81], il récidive avec "Le faiseur d'histoire", opus récent qui marie les genres avec subtilité.


Déjà connues des amateurs par une ligne éditoriale de [très] grande qualité, les éditions Métailier s'offrent de temps en temps des romans de SF, de fantastique, et même quelques OLNI [voir Michele SERIO, par exemple]. "Le faiseur d'histoire "navigue entre ces bornes, même si son auteur clamait au début de "Lanark" : "Je n'écris pas de la science-fiction ! La science-fiction décrit des mondes qui n'existent pas. Mes mondes à moi existent."
Beaucoup plus orienté vers l'anticipation utopique douce-amère, "Le faiseur d'histoire" se déroule au XXXIIIème siècle et dépeint un monde matriarcal paisible. Les femmes élèvent les enfants en commun, la propriété n'a plus beaucoup de sens et l'essentiel des ressources provient des Vitaplantes, sorte de haricots géants qui synthétisent n'importe quoi le plus gratuitement du monde.
Bref, tout va bien, même la guerre.
Comme cette saine activité n'est toujours pas éradiquée, les hommes la pratiquent comme un sport, sur des terrains précis, clans contre clans, au nom de mats surmontés de poulets en fer blanc. Tout ça sous les caméras [volantes] de L'Oeil Public, sorte de télé réalité généralisée et envahissante.
La description de ces batailles est d'ailleurs à la fois horrifique et hilarante, tant on retrouve les commentaires d'un match de foot.
C'est justement à l'occasion d'un de ces affrontements qu'apparaît Wat, protagoniste principal du roman, dont les péripéties "font l'histoire" et la changent.


Déroutant, étonnant, drôle, poétique et détonnant, "Le faiseur d'histoire" est tout simplement l'histoire d'une révolte. C'est également beaucoup plus que ça, et on ne s'aventurera pas au délicat exercice du résumé.
Un glossaire final rassemble d'ailleurs les "obscurités" et les éclaire pour le lecteur du futur.


Le résultat est généralement hilarant, et parfois très sérieux, notamment quand GRAY compare Thatcher à Mussolini, Hitler et Caligula.
Bref, on ne saurait trop recommander la lecture d'Alasdair GRAY, dont la plume ironique et délicieuse est un bonheur malheureusement trop court. Vivement les autres.


PS : C’est aussi l’occasion de féliciter la traductrice pour son excellent boulot. Quand on lit la chose en anglais, on réalise à quel point la pauvre a souffert. Bref, bravo, c’est un sans faute !

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