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en 1971 et disparu de nos rayons depuis pas mal de temps, L'autre côté
du rêve est aujourd'hui réédité au Livre
de Poche. Le lecteur [re]découvrira donc un roman d' Ursula LeGUIN
qui n'a pas grand-chose à voir avec le cycle de Hain
ou Terremer , mais dont l'approche philosophique n'est pas
sans rappeler Les dépossédés.
George Orr a le don. Ses rêves modifient la réalité.
À chaque réveil, il constate avec angoisse, puis terreur,
que le monde a changé. Seul avec sa névrose, il vit une
multitude de passés, dans un présent incertain. Terrassé
par un pouvoir qui le dépasse, il pense y échapper en
prenant des drogues qui l'empêchent de rêver, mais bientôt,
son corps le trahit et Orr doit faire face au psychiatre Haber. Rapidement
convaincu par l'incroyable, Haber cherche alors à contrôler
les rêves d'Orr, pour le plus grand bien de l'humanité.
La terre est surpeuplée ? Et si on revenait à un monde
plus calme, sauvant au passage l'écologie planétaire ?
Séduisant, non ? Sauf qu'on empêche tout de même
6 milliards d'humains d'exister.
Haber a-t-il le droit d'orienter la réalité vers ce qui
lui semble bon et juste ? D'autant que les cauchemars guettent, et ce
qu'ils réservent n'annonce rien de bon. On aurait tort de chercher
dans ce conte moral une paranoïa toute Dickienne sur la nature
de la réalité. Le fond de L'autre côté du
rêve est tout autre, et pose simplement le problème du
sens de la justice. Le texte est extrêmement cohérent,
et la réflexion profonde [pour peu que le lecteur joue le jeu].
Si le livre peut se résumer à "A-t-on le droit de
?", il n'en reste pas moins dérangeant, et convaincra le
lecteur lambda que la SF est effectivement une littérature intelligente.