Après
le très remarqué [mais encore bancal] Les
fous d’avril, DOA confirme un talent inquiétant
en offrant aux lecteurs La ligne de sang, abyssale plongée
en eaux troubles dans un Lyon moite et désespérant. Polar
au sens le plus strict, mais polar onirico-fantastique (d’où
sa présence ici) dans la tradition du dérapage,
ce deuxième roman est sans conteste celui de la maturité.
DOA n’est donc plus un auteur à suivre, mais clairement
un auteur avec lequel il faut désormais compter.
Banale enquête routinière, l’intrigue de La ligne
de sang s’assombrit, se densifie (voire s’humidifie),
se serre au fil des pages pour tomber dans l’horreur la plus pure
et la violence la plus glauque. Parfaitement maîtrisée,
l’efficacité narrative est remarquable, d’où
une lecture compulsive et souvent inquiète. Bonne nouvelle, on
ne décèle aucune vacuité dans le texte. Rien de
gratuit, rien de complaisant, juste une mécanique horrifique
froide, dont la tension se met progressivement en place.
A partir d’un simple accident de la route, deux policiers (un
homme et une femme) remontent une piste qui dégénère
peu à peu vers le bizarre. Paul Grieux, le motard accidenté,
vit une sorte de coma déroutant. Traversé d’hallucinations
et de rêves particulièrement réalistes, son sommeil
se caractérise par de violentes périodes de brutalité
inouï, de révélations plus ou moins délirantes
et de phase atonales. Pendant ce temps, Madeleine, sa petite amie, a
disparu. Pourquoi ? Comment ? Paul Grieux l’a-t-il assassinée
? C’est la problématique à laquelle se heurte la
police. Mais l’horreur ne fait que commencer. Car Paul Grieux
fait partie de ceux qui possèdent des secrets dérangeants.
Vraiment dérangeants.
Si La ligne de sang relève de ces romans qu’on
dévore, ce n’est pas non plus un chef d’œuvre
stricto sensu. Les personnages sont parfois assez caricaturaux (leur
spleen comme leurs problèmes leur donnent assurément une
épaisseur, mais c’est aux dépens de l’ambiguïté),
et le trio amoureux ressemble trop à celui déjà
décrit dans Les fous d’avril.
Reste que (on l’a vu) l’efficacité du roman est impressionnante
et certaines pages sont littéralement sidérantes (à
ce titre, la descente dans la cave est un morceau de choix, à
déconseiller aux âmes sensibles). Le lecteur passe donc
un excellent moment avec La ligne de sang, le quittant à
regret (d’autant que la fin est d’une surprenante rapidité
après la lente mise en place de l’horreur), englué
dans une histoire dont les tenants et aboutissants font froid dans le
dos. Un vrai bon bouquin, sans existentialisme porteur, mais qui remplit
parfaitement son rôle de polar brut. A lire de toute urgence,
donc.