Grand
classique d'Asimov, "La fin de l'éternité" s'offre
aujourd'hui une réédition chez Folio SF. La collection
continue donc sur sa lancée et mise sur ASIMOV pour booster ses
ventes. Choix judicieux, tant l'auteur bénéficie d'une
aura "à part" dans la SF, choix parfois douteux quand
il s'agit de publier des fonds de tiroir qui n'ont d'autres finalités
que l'argent.
"La fin de l'éternité" navigue entre ces
deux extrêmes, mais aurait sans doute mérité une
quatrième de couverture plus soignée.
La voici in extenso :
"L'éternité veille sur vous ! L'éternité
modifie le passé pour le bien de l'humanité. Elle élimine
les inventions dangereuses, avant même qu'elles n'aient été
imaginées, et supprime dans l'oeuf les apprentis tyrans. Andrew
HARLAN est un éternel, chargé d'empêcher l'invention
de la bombe atomique au vingtième siècle. Au cours de
sa mission, il rencontre la mystérieuse Noÿs LAMBENT. Cette
dernière l'incite à comprendre que l'Éternité,
en annihilant tout droit à l'erreur, finira par paralyser l'évolution
de l'espèce humaine. Faut-il détruire l'Éternité
? Qui est réellement Noÿs LAMBENT ?
De 1945 au vingt-quatrième siècle, une véritable
guerre temporelle éclate, opposant un homme aveuglé par
l'amour et une communauté toute puissante. Avec ce roman, Isaac
ASIMOV s'offre le plus inattendu des préludes au cycle de Fondation
".
Bien.
Question : Ce texte a-t-il quelque chose à voir avec le roman
?
Réponse : Non.
Ce
tissu d'âneries est donc regrettable. Regrettable, car une collection
soignée comme Folio SF n'a pas besoin de concurrencer les maisons
qui éditent des nullités sans prendre le temps de vérifier
si la quatrième de couverture correspond un tant soit peu à
l'histoire.
En fait d'histoire, "La fin de l'Éternité" tourne
autour du voyage dans le temps. Une organisation scientifique qui maîtrise
le temps s'occupe de la rectification de l'Histoire, pour le plus grand
bien de l'humanité (inconsciente, on s'en doute, de cette surveillance).
Ultra hiérarchisée, stricte et rigide, l'Éternité
est composée de plusieurs castes. En haut de la pyramide, les
Calculateurs s'occupent des conséquences des modifications. Ils
échafaudent et visualisent les différentes réalités
possibles, avant d'opter pour les meilleures.
En bas de l'échelle, les Novices sont arrachés à
leur temps et formés au sein de l'organisation. Un peu à
part, on trouve les Techniciens, ceux-là mêmes qui rectifient
concrètement la réalité.
Méprisés hypocritement par les autres comme "assassins
du réel", ils ont conscience de cette animosité,
mais savent qu'une réalité modifiée, si elle supprime
quelques individus, profite finalement au plus grand nombre. HARLAN
est l'un d'entre eux. "Prêté" par son supérieur
à un autre service, il rencontre Noÿs LAMBENT, la secrétaire
personnelle de son nouvel employeur, une "temporelle" qui
ne fait pas vraiment partie de l'Éternité. Il en tombe
rapidement amoureux, malgré le conditionnement qui veut qu'un
Éternel ne puisse avoir de liaison avec une temporelle.
L'esprit obscurci par ses nouvelles émotions, HARLAN ne comprend
pas qu'il est l'enjeu de complots et de rivalités inter-services.
Bravant les interdits, il décide de "sauver" Noÿs
quand il apprend qu'une nouvelle modification prévue la fera
disparaître. En marge de cette idylle inavouable, HARLAN découvre
peu à peu qu'il est la pièce maîtresse d'un jeu
qui concerne l'existence même de l'Éternité. Qu'y
a-t-il au-delà des "siècles interdits", période
mystérieusement "bloquée" et proscrite même
pour l'Éternité ?
Les questions soulevées par la quatrième de couverture
concernent en réalité les ultimes pages du roman, mais
relèvent plus de la "pirouette intelligente" propre
à ASIMOV que de la teneur même de l'histoire.
On trouve surtout la description minutieuse d'une organisation bureaucratique
et le débat intérieur d'un homme manipulé pour
des raisons qu'il tarde à comprendre.
Si la lecture de "La fin de l'Éternité" est
parfois pénible (ASIMOV n'a pas toujours un style flamboyant
et l'histoire d'amour a terriblement vieilli dans sa description), l'idée
de départ est excellente, le développement intéressant,
et la fin formidable.
Un vrai roman de SF, léger et sympathique, qui ne fera pas date
dans l'histoire du genre, mais qui se laisse lire agréablement
entre deux trains.