Second
français à publier un roman dans la collection Rendez-Vous
Ailleurs, Christophe Lambert n’est pourtant pas un petit
nouveau.
Déjà bien implanté dans le paysage science-fictif
hexagonal, grâce à de nombreux livres publiés en
jeunesse, l’auteur s’offre une incursion du côté
des adultes avec La brèche, relecture radicale du paradoxe
temporel qui plaira à tous les enfants de 7 à 777 ans
(notez tout de même que les scènes de bataille n’ont
rien, mais alors rien, d’allégoriques).
Globalement située à Omaha Beach, bout de terre normande
qui fut (entre autres) le théâtre du débarquement
du 6 juin 44, La brèche traite tout simplement du voyage temporel,
un thème éminemment casse-gueule dont l’auteur se
tire à merveille en évitant écueils et pièges,
tout en surfant sur le classique. Un bel exercice impeccablement traité,
divertissant et passionnant de bout en bout, malgré une petite
tendance à la caricature du côté des personnages,
défaut somme toute mineur face aux grandes qualités de
l’ensemble.
En ces années 2060, la télévision a tellement dégénérée
vers la mise en spectacle de l’horreur qu’il lui en faut
chaque jour plus. beaucoup plus. Mais comme l’actualité
n’est pas forcément conciliante, pourquoi ne pas se tourner
vers le passé pour y envoyer des reporters filmer la couleur
des chaussettes de Marylin Monroe le soir de son suicide ? Pourquoi
ne pas prévoir un zoom numérique de qualité sur
le tête de JFK au moment même où elle se fracasse
en mille morceaux, jackie tentant ensuite de ramasser comme elle peut
les morceaux de cervelle qui décorent l’arrière
de la décapotable ?
D’autant que les militaires maîtrisent désormais
plutôt bien le voyage dans le temps. De quoi envisager des scoops
juteux. Rapidement mise en pratique, l’expérience est évidemment
un grand succès. Mais là encore, la machine s’emballe.
Il en faut plus, toujours plus. Aussi, quand un jeune loup arriviste
propose de filmer le débarquement à Omaha en direct, l’idée
est accueillie avec sérieux. Seul souci, trouver deux malades
mentaux capables de tenir un caméra et prêts à se
faire hacher menu par la mitraille allemande, sur l’un des champs
de bataille les plus sanglants de la seconde guerre mondiale.
Coup de chance, ces deux oiseaux rares existent bel et bien, en la personne
d’un photographe de guerre déprimé depuis la mort
de sa femme, et d’un historien tellement fasciné par ses
recherches qu’il pousse le détail jusqu’à
reconstituer grandeur nature des scènes historiques.
Emballés par l’idée à défaut du principe,
les deux hommes se retrouvent rapidement envoyés dans la nuit
du 5 au 6 juin, déguisements complets et faux papiers impeccables,
prets à embarquer vers cette plage mythique et mortelle.
Mais si la technique est brillante, il arrive qu’elle foire. Et
quand les deux héros du futur débarquent au sens propre,
force est de reconnaître que l’Histoire n’est plus
exactement la même, certaines armes secrètes d’Hitler
semblant bel et bien opérationnelles. Ce qui ne change pas, hélas,
c’est le sang, le massacre, la mort et les milliers de pauvres
types déchiquetés par les balles, les mines et les obus.
La guerre, finalement, est éternelle. Autant dire que les choses
s’annoncent mal...
Captivant du début à la fin, La brèche
n’est certes pas un chef d’oeuvre intemporel, mais sa lecture
est suffisamment jouissive et jubilatoire pour entraîner l’adhésion
quasi immédiatement. Bien fichu, bien mené, évidemment
théâtral (jusqu’au coup, pourrait-on écrire),
le texte fait partie de ces excellents divertissements qui rendent heureux.
Simple, efficace, pourquoi s’en priver ?