Un
western dans une collection fantastique, quelle horreur. Brûlons
immédiatement auteur, éditeur, traducteur et correcteurs
avant de vouer leurs âmes maudites et malfaisantes aux 666 abysses
des enfers. Non ? Bon.
Drôle d’idée, donc, de la part de la collection Lunes
d’encre que d’éditer «Journal des années
de poudre» d’un certain Richard Matheson… Drôle
d’idée, mais finalement pas si inadéquate, dans
la mesure où la politique maison vise à défendre
des auteurs, et que le richard Matheson en question n’est globalement
pas si inconnu dans le petit monde des littératures de l’imaginaire.
Drôle d’idée, peut-être, mais le western a
cette petite tradition «pulpesque» qui n’est pas sans
rapport avec la SF la plus académique, ce qui fait que bon, que
voulez-vous ma bonne dame.
Bref, le lecteur lambda est en droit de s’interroger, mais également
en droit de lire ce livre qui n’a d’autre ambition que le
simple divertissement. Et s’il s’agit immanquablement d’un
Matheson mineur, la fan ultime ne pourra pas s’empêcher
de l’ajouter aux œuvres complètes, tandis que le néophyte
trouvera ici une porte d’entrée adéquate au «mystère
Matheson»… De quel mystère s’agit-il ? Tout
simplement de la technique (qui relève de la magie pure et simple)
propre à l’auteur qui veut que toute personne qui lise
un de ses bouquins ait le plus grand mal à lâcher la chose
avant la fin… Pour ça, rien que pour ça, n’importe
quel Matheson vaut le coup.
Et l’histoire au fait ?
Prenez l’Ouest sauvage, ajoutez-y un peu de poussière,
du réalisme (mais pas trop quand même) deux ou trois colts
et un fusil à canon scié. Secouez. Voilà.
"Journal des années de poudre" conte les aventures
de Clay Halser. Des aventures sanglantes que le lecteur découvre
via le journal d’Halser, légèrement amputé
par le journaliste qui a récupéré les cahiers après
la mort brutale de l’auteur. De cet amas de papier, quelques 300
pages sont extraites, 300 pages qui résument le monde des cow-boys
à elles seules. Honneur hypocrite, brutalité gratuite
et stupide, mort et déchéance forment les cercles vicieux
dans lesquels évoluent Clay Halser, légende de l’Ouest
malgré lui, tour à tour Marshall, acteur (dans la troupe
de théâtre narrant ses aventures – tout comme l’a
un jour fait Monsieur Buffalo Bill himself), redresseur de torts, mais
avant tout pauvre type victime de la renommée.
Car
les légendes sont fatiguées, fatiguées de perdre
femmes et enfants, fatiguées de bouffer de la poussière
et du plomb, fatiguées d’avoir continuellement peur et
de voir leurs rares amis crever en saignant.
A la fois pathétique et loufoque, l’histoire de Clay Halser
est une relecture somme toute vivifiante de l’Ouest, semblable
(d’une certaine manière) à la vision décapante
d’un Sergio Leone.
Oui, certes, la chose ne va pas très loin, mais dans la catégorie
roman de gare efficace, il est difficile de faire mieux. Avis.