Deuxième
opus d'une luxueuse série qui en compte quatre, "Les jeux
du Capricorne" couvre les années 71 à 81. Une décennie
que Robert SILVERBERG qualifie lui-même de sombre, désabusée
et presque désespérée. Le Vietnam est passé
par là, Le beau Kennedy est tombé sous les balles et l'Amérique
s'enfonce dans la décadence.
C'est donc une atmosphère lugubre qui hante ce recueil de nouvelles,
exacerbée par le déménagement de l'auteur fuyant
la brume new-yorkaise pour se réfugier dans une Californie apparemment
ensoleillée.
Bref, tout va mal. Mais pour SILVERBERG, cette détresse agit
comme catalyseur. Certes, il n'est plus l'auteur prolifique qu'il fut
un jour (celui-là même qui pondait 3 nouvelles par semaine
et 2 romans par mois), mais ses textes gagnent en gravité et
en profondeur. Au final, c'est le lecteur qui en sort gagnant, tant
les nouvelles présentées ici prouvent la maturité
de leur auteur.
On y retrouve d'ailleurs souvent le même schéma. Des héros
paumés, désabusés, à la recherche d'eux-mêmes
dans un monde qui s'écroule. C'est le cas de la nouvelle "La
fête de St Dionysos" qui met en scène un astronaute
traumatisé par l'expédition martienne qui coûta
la vie à ses deux compagnons. Perdu, déprimé après
un retour sur Terre qui ne signifie plus rien, l'ex-héros s'enfonce
dans le désert californien pour fuir une existence inutile. Il
y rencontre une communauté de doux dingues qui vivent en harmonie
avec la nature et les préceptes de Dionysos. Mais dans toute
cette histoire, quel est le plus dingue ?
On retrouve ce principe dans le superbe "Breckenbridge et le continuum",
qui met en scène un type projeté dans ce qui semble être
une autre dimension. Un endroit où son rôle consiste à
compiler les mythes humains pour des auditeurs nomades. En parallèle,
le lecteur suit l'évolution du héros dans son univers
habituel, jusqu'à la séparation finale et la révélation
sur la véritable nature de ce fameux ailleurs inexpliqué.
Il est évidemment hors de propos de résumer ici les quelques
30 nouvelles (dont une inédite) qui composent ce recueil. Il
suffit de savoir que toutes sont de très haute tenue, et beaucoup
moins légère qu'il n'y paraît à première
vue. On appréciera notamment "Le panthéon de la science
fiction", où SILVERBERG règle ses comptes avec le
genre. Un SILVERBERG qui n'aime pas la science fiction ? Eh oui, ce
n'est pas le moindre des paradoxes de ce pavé mémorable,
qui distille du bonheur pages après pages.
Vivement les deux autres volumes.