Gloire
à Folio SF qui a la bonne idée de rééditer
en un seul volume les nouvelles de Sylvie DENIS ! Un auteur qui a plusieurs
avantages : D'abord, c'est une fille, et dans la SF, les filles ne sont
pas légion. Ensuite, elle est française, et dans la SF
française, les filles se comptent sur les doigts de la main de…
Sylvie DENIS, justement.
Grande dame du paysage science-fictionnesque hexagonal, Sylvie DENIS
a travaillé à la fois comme directrice littéraire,
rédactrice en chef [ Cyberdreams ] et anthologiste. "Jardins
virtuels" rassemble treize textes publiés à droite
ou à gauche, tous remarquablement humains.
En ces années 2000 et quelques [années, siècles
et consorts], la Terre évolue vers un futur douteux. Certains
prônent la technologie, d'autres la refusent. Certains groupes
tapent dans le religieux, les autres dans l'Humanité. Dehors,
le désastre écologique n'est pas encore total, mais on
sent bien que ça vient. Dans cet environnement peu glorieux,
les personnages de Sylvie DENIS tentent de tracer leur propre chemin,
parfois avec succès, alors que les intelligences artificielles
commencent à se montrer un peu envahissantes.
Ce qui caractérise les textes de DENIS, c'est avant tout leur
profonde humanité. Chaque nouvelle est vue à travers les
yeux d'un humain [homme, femme, enfant], et le "décor"
est véritablement vécu de l'intérieur.
C'est le cas de " Dedans Dehors ", la première nouvelle,
qui met en scène une gamine décidée à s'échapper
de la communauté religieuso-sectoïde dans laquelle on l'a
forcé à vivre.
Ailleurs, on suit les aventures d'une artiste qui tente le concours
d'intégration dans l'école la plus mystérieuse
qui soit ["Si Thébaldus rêve"]. Mais cette école
n'est pas ce qu'elle paraît...
Plus classique, "Paradigme Party" confronte une I.A. malfaisante
à des humains robotisés, mais l'idée de départ
est vertigineuse. Enfin, "Nirvana mode d'emploi" clôt
le recueil en racontant la vie d'une jeune fille qui travaille sur les
rêves tout en essayant de colmater ses propres détresses,
alors qu'une nouvelle maladie à base de prions bouffe le cerveau
des enfants.
Superbe de tristesse, de désarroi et de poésie, cette
dernière nouvelle vaut le voyage à elle seule.