[ DOA - LES FOUS D'AVRIL - INTERVIEW EXCLUSIVE DU MONSIEUR ]

 

1/ « Les Fous d’avril » est un roman qui traite des réseaux, du virtuel, de la parapsychologie, le tout dans une ambiance très polar. A ce titre, acceptez-vous l’étiquette « Techno-polar » ?
Puisque la tendance est à l’étiquetage, oui. Personnellement, j’estime avoir raconté une histoire, son contexte et sa forme sont ce qu’ils sont et, au final, ils importent peu. J’ai avant tout cherché à toucher les lecteurs, pas juste certains lecteurs.


2/ « Les fous d’avril » est votre premier roman publié. Le processus d’écriture a-t-il été lent ? Comment la structure scénaristique s’est-elle construite ?
Cette histoire est assez ancienne et, à l’origine, n’avait pas vocation à devenir un roman mais une série de BD avec un personnage récurrent, Markus Freys. « Les fous d’Avril » était le premier volet, une sorte de pilote en 2 tomes. J’avais conçu l’intrigue en 1995, en discutant beaucoup avec l’artiste qui était sensé l’illustrer, David Sala (qui a peint la couverture du roman). A l’époque, j’étais très amateur du courant cyberpunk de la littérature SF. Par ailleurs, David et moi nous intéressions au travail de David Lynch, en particulier « Twin Peaks » (en série TV et au cinéma). Enfin, le phénomène « X-Files » débutait. Markus Freys est né d’un mélange de toutes ces influences. Bien que vivant dans un monde anticipé et donc par définition imaginaire, nous voulions l’ancrer dans un quotidien plausible, pour mieux lui faire franchir les barrières de l’étrange. C’est ainsi qu’est née la structure très roman noir, calquée sur le genre hardboiled américain. Une facture classique donc, pour des thèmes et des ambiances décalés, que l’on n’avait pas l’habitude de voir dans la BD française à ce moment-là.
Quand en 2001, après quelques années passées à exercer d’autres activités et puisque j’avais un peu de temps devant moi, j’ai repris cette intrigue qui existait toujours sous la forme d’un synopsis détaillé d’une cinquantaine de pages. J’ai approfondi certains aspects (notamment la relation entre les deux frères) et modifié quelques-uns des rebondissements pour les adapter aux contraintes romanesques. Trois mois plus tard, « Les Fous d’avril » était né.


3/ A la lecture du roman, on tombe sur certaines situations qui peuvent parfois manquer d’originalité, comme l’architecture classique du héros face à un complot d’envergure internationale, la mise à mort (allégorique, en l’occurrence) de sa compagne (ou presque compagne), la lente prise de conscience d’une réalité difficile à concevoir et une fin ouverte. Un commentaire ?
Non, tout ceci est assez juste. Deux nuances cependant. La première est que cette histoire a réellement été écrite presque telle quelle en 1995. Mon tort a été d’attendre jusqu’à maintenant pour la mettre sous le nez du public. J’arrive après de nombreuses autres explorations de ces thématiques qui ont familiarisé les gens avec des sujets similaires. Au cinéma par exemple, il y a eu la trilogie « Matrix ». J’ai eu peur, après le premier film, de vraiment débarquer après la bataille. Mais, au vu de ce que cette série est devenue par la suite, je me dis que le champ est encore libre pour proposer des choses intelligentes et divertissantes à défaut d’être vraiment novatrices.
Ceci m’amène à mon second bémol. En tant qu’auteur, je me considère plus comme un conteur que comme un penseur. J’ai envie de divertir les lecteurs. Le problème de la SF en France, par rapport à ce qui se passe dans les pays anglo-saxons, est, à mon avis, qu’elle semble cantonnée à un ghetto sub-littéraire. Le grand public la trouve au mieux infantilisante au pire rébarbative. Ainsi, bon nombre de textes et de thématiques très intéressants issus de ce genre passent complètement inaperçus. J’ai essayé, avec ce roman, de présenter certaines de ces thématiques sous une forme plus accessible et sexy. Mon but n’était pas de réinventer la roue ou de faire à tout prix original. Je souhaitais juste que des lecteurs qui n’ont pas l’habitude de sujets de cet ordre puissent prendre du plaisir en les découvrant.
Et puis, j’ai tendance à penser que ce qui représente un cliché pour un amateur très averti ne l’est pas forcément pour un lecteur un peu moins pointu. C’est plus à ce dernier que je m’adresse (tout en ne rejetant pas, a priori, le premier).


4/ Les thèmes du roman rejoignent les préoccupations désormais incontournables de bon nombre de romans de SF modernes. Comment vous situez-vous par rapport à la SF « pure et dure » ?
Qu’est-ce que la SF pure et dure ?
J’essaie de me positionner en dehors de toute boîte. J’aime le roman noir. Je crois que j’ai des choses à raconter dans ces ambiances un peu glauques et sombres. Si cela implique de construire des intrigues futuristes, qu’il en soit ainsi. Mais mon second roman, par exemple, qui paraîtra en octobre 2004 dans la collection polar du Fleuve Noir, est une histoire policière contemporaine très réaliste, même si par certains aspects, elle est un peu décalée.
On en revient donc à un problème d’étiquetage et… je n’aime pas les étiquettes. J’écris pour me faire plaisir et, si possible, donner du plaisir à mes lecteurs. S’ils passent un bon moment en compagnie de mes histoires, tant mieux, c’est le but. Au-delà de cet aspect des choses, je ne crois pas détenir de vérité. Je me pose des questions. Elles touchent à de nombreux aspects de ma vie, de ma place dans la société et du positionnement de ladite société dans la course du monde. Je n’ai pas de réponse, juste beaucoup d’interrogations. Les thèmes du roman participent de ce questionnement.


5/ Avec « Les Fous d’avril », vous entrez de plein pied dans la famille des auteurs français de SF. Qu’avez-vous à dire sur la SF française ? N’avez-vous justement pas peur de rester cantonné dans ce genre si méprisé sous nos longitudes ?
Peur non. Mais pas envie non plus. Je connais très mal la SF française, ne serait-ce que parce que ma culture SF, d’une manière générale, est assez limitée à un genre, le cyberpunk et encore, je suis loin d’avoir tout exploré dans ce domaine. J’ai lu un peu de Fantasy plus jeune, mais c’est fini aujourd’hui. A présent, je me concentre sur le roman noir, le polar et la littérature historique et/ou technique.
Je souhaite écrire sur beaucoup de sujets. Si je suis bon et que j’ai de la chance, les gens me suivront dans mes changements d’orientation. Ce sont souvent les professionnels de la profession qui collent des étiquettes aux auteurs. Les lecteurs eux, ne souhaitent généralement que découvrir de bonnes intrigues.
Si, par malheur, on me cantonnait à un genre, je disparaîtrais et reviendrais sous une autre forme pour hanter les rayons des libraires…


5/ Envisagez-vous une suite ?
Oui, « Les Fous d’avril » n’est que le premier volet d’une trilogie. Markus Freys a perdu son statut de héros récurrent en devenant personnage de roman. Il ne me quittera qu’à l’issue du troisième tome de cette histoire.


6/ Sur quoi travaillez-vous en ce moment ?

Je viens de rendre la version finale de « La ligne de sang », le roman qui paraîtra en octobre 2004 et je me concentre actuellement sur l’intrigue d’un téléfilm en deux parties. Ensuite, je m’attaquerai à la rédaction du traitement (un super synopsis) des deux livres qui suivront « Les Fous d’avril ».


7/ Jusque ici, quel accueil avez-vous rencontré au sujet de votre livre ?
Globalement, l’accueil est positif. Je crois avoir réussi mon pari d’écrire une intrigue à rebondissements qui réconcilie différents genres et publics. Nous verrons dans le temps comment le livre se vend. Cela dépend beaucoup du travail de l’éditeur et de sa capacité à attirer l’attention sur un ouvrage en particulier. Et puis, c’est un premier roman, alors…


8/ Avez-vous des dates de signatures prévues ? Des colloques ? Des rencontres ?

Pour l’instant, j’ai participé à un débat sur le stand Virgin au dernier Salon du livre et signé dans une librairie une fois. Je crois que je vais devoir me déplacer à Lyon en octobre prochain. C’est mon éditeur qui s’occupe de tout cela. Par ailleurs, je ne me pense pas encore assez connu ou apprécié pour être invité partout. Bénédiction ou malédiction ?

[ Lire la chronique du roman ici ]

 

 

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