Dans
le registre néo-polar sudaméricain à tendances
sociales bien marquées, Rolo Diez fait figure de mythe (au même
titre qu’un certain Paco Ignatio Taibo II). Avec une vie de militant
anar à Buenos-Aires brutalement stoppée par la dictature,
la torture et finalement l’exil, Diez sait de quoi il parle. De
«Vladimir Illitch contre les uniformes» à «L’effet
tequila», de l’humour au tragique, de la mort à l’espoir,
tous ses livres peuvent se lire comme un seul mélange de descriptions
méthodiques et d’humour très particulier, le tout
dilué dans un chaos social tristement montré du doigt.
Un peu à part dans la production de l’argentin, et pour
tout dire, livre mineur, «In domino veritas» traite de la
quotidienneté mexicaine, entre petites frappes traquées
par les flics, citoyens normaux donc alcooliques ou vaguement truands,
filles méprisées par le machisme ambiant et vieillesse
pauvre dans des quartiers humides. Autour de quatre personnages jouant
aux dominos, avec comme toile de fond un vague trésor caché
au fond d’une cave à vin, une clocharde extralucide possède
l’étrange pouvoir d’entendre les conversations à
distance. Pour que le drame fonctionne, il faut un voyou qui n’a
plus rien à perdre, pur produit de la violence sociale subit
par les minorités dans un pays corrompu, pourri jusqu’à
la moelle par des années de dictature molle. Quand ces 6 personnages
se rencontrent, c’est la mort qui triomphe. La mort et la désillusion.
Quant à l’état, il va bien, merci. Les flics aussi.
C’est leur métier.
Amer, sombre, mais pathétiquement drôle, «in domino
veritas» est un petit roman à découvrir, dont l’élément
surnaturel est tellement dilué qu’il en est presque absent.
Même si tout ça ne va pas très loin, c’est
l’occasion de découvrir un auteur vraiment excellent, dont
le coup de maître reste sans doute «Le pas du tigre»,
magnifique parabole sur l’exil ; la mort, l’oubli et l’injustice.