
IAN R MCLEOD - LES ILES DU SOLEIL - FOLIO SF

Formidable roman qui propulse d’emblée Ian R Mcleod sur le devant de la scène hexagonale, “Les îles du soleil” possède une curieuse histoire éditoriale qui mérite de s’y attarder. D’abord publié sous la forme de novella en angleterre, “les îles du soleil” reçoit immédiatement un prix qui justifie son excellence. L’auteur extrapole ensuite un roman à partir de ce canevas prometteur... Sans trouver un éditeur pour oser le publier. Pour quelles obscures raisons ? Mystère. Le lecteur attentif comprendra néanmoins aisément comment un lectorat volontiers conservateur (on ne le répétera jamais assez, la SF n’aime pas le changement) pourrait s’offusquer d’une histoire qui montre l’univers intérieur d’un homosexuel vieillissant dans un empire britannique livré au fascisme d’un alter ego d’Hitler... Une vision certes peu idyllique de la Grande Bretagne des années 40, mais jamais vaine ou banale. A travers le spleen d’un anti-héros sublime d’humanité fatiguée, Ian R Mcleod fait le procès de l’Histoire. Une Histoire qui dérape dès 1917 quand l’Angleterre perd la guerre face à l’Allemagne, s’isole dans un protectionnisme vain, crève sous le poids des “réparations” allemandes et connaît crises économiques sur crises politiques. Dès lors, la mécanique qui engendre la montée du nationalisme est en marche. Avec une population lessivée, déboussolée et essentiellement pauvre, l’Angleterre ne peut se relever sans un pouvoir fort. Un état guerrier, expansionniste et agressif. Un état qui exploite aussi bien l’ignorance que la crédulité pour trouver toutes sortes de bouc émissaires. Juifs, pédérastes, communistes, tout est bon. Car en la personne de John David, vétéran de la guerre de 14-17 et habile politicien, les anglais trouvent enfin le chef qui leur a fait défaut toutes ces années. Un chef auquel on voue un véritable culte, au point d’occulter son histoire personnelle. Une histoire qui rejoint curieusement celle d’un vieux professeur homosexuel en phase terminale d’un cancer sournois. Un de ces grains de sable dont la seule présence est un cauchemar pour toute autorité. Vieil homme obligé de vivre sa sexualité dans la clandestinité, vieil homme hanté par un amour perdu et par une réalité quotidienne qui l’afflige, il accepte l’histoire officielle qui veut que John David ait été son élève lors de ses études au Lycée. Une histoire pourtant très éloignée de la vérité. Et la vérité, c’est justement ce dont ne veut pas s’encombrer le fascisme. Qu’il ait des prétentions démocratiques ou non.
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