Oubliez
la guerre, les émeutes, la pauvreté, oubliez Noël,
oubliez tout, Harry Potter revient. Evènement littéraire
sans comparaison qui ferait passer le lancement du nouveau Houellebecq
pour une chanson mineure de Michel Sardou, le sixième tome des
aventures du petit sorcier est déjà meilleure vente depuis
août 2005... en France. Et ce malgré une traduction attendue
pour Octobre. Autant dire que l’engouement des foules pour ce
désormais jeune homme ne se dément pas avec les années.
Autant dire aussi que l’animal se passe de critiques, commentaires
ou autres exégèses. La chose est lancée, et, un
peu à la manière d’un Sarkozy dans la course à
l’Elysée, rien ni personne ne pourra l’arrêter.
Qu’on aime ou pas Harry Potter est devenu presque secondaire dans
un tel bordel. Malgré des défauts certains et une indéniable
niaiserie, la série se laisse lire et n’est somme toute
pas autre chose que ce qu’elle prétend être : une
histoire pour enfants et pré-ados, bien ficelée, plutôt
maligne, évidemment pleine de bons sentiments mais agréable
à suivre et parfois passionnante.
Malgré ces incontestables qualités, il clair que le pouvoir
financier de l’auteur est à même de faire taire tout
éditeur éventuellement tenté de calmer la pagination
en se demandant si, ça et là, il ne serait pas judicieux
d’utiliser une bonne pare de ciseaux. De fait, les tomes 3, 4
et 5 sont devenus de plus en plus ventrus, une tendance à l’obésité
que l’arrivée du tome 6 ne dément pas. Il est désormais
plus qu’évident que Rowlingcrit et fait ce qu’elle
veut, l’éditeur se contenant d’acquiescer en d’empocher
l’argent. C’est dommage, car la qualité de la série
est évidente pour peu qu’on la regarde avec honnêteté.
Et finalement, à force de démission, la dégradation
progressive des romans est aujourd’hui flagrante.
Long, affreusement long, poussif et finalement désespérément
vide, Harry Potter et le prince de sang mêlé est
l’archétype du roman inutile.
Si la sortie annuelle est millimétré par un marketing
bien huilé, si tout le monde sait que la série doit s’achever
l’année prochaine avec le septième et dernier tome
qui verra Harry Potter triompher de Voldemort et Ron épouser
Hermione, il fallait néanmoins un tome 6 pour préparer
le terrain. Hélas, Rowling n’a vraisemblablement rien à
dire dans cet épisode, et elle s’y applique avec beaucoup
de talent. Mais histoire de pimenter un scénario inexistant,
L'auteure tue Dumbledore à la fin.
C’est gagné, nous avons le drame, les attachés de
presse ont quelque chose à se mettre sous la dent et le lecteur
est content. Ah ça, il s’en est passé, des choses.
Bilan de l'affaire : Page 1 à 300, Harry réintègre
Poudlard.
De la page 300 à 500, rien.
De la page 500 à 600, ça devient enfin intéressant
et l’essentiel de ce sixième tome s’y concentre.
Sixième tome qui s’achève par la mort du principal,
donc. Apparemment Voldemort aurait scindé son âme en plusieurs
exemplaires [d’où sa bien commode tendance à revenir
à chaque épisode]. A charge de Harry et de Dumbledore
de découvrir où le super vilain stocke ses âmes
pour mieux les détruire les unes après les autres. Quant
au personnage le plus intéressant de la série, le professeur
Rogue [Snape, en anglais], son rôle trouble l’est encore
plus.
Deux choses se dessinent : soit Rowling s’aligne sur un premier
degré déconcertant de nullité et auquel cas, c’est
toute la série qui s’écroule. Soit elle fait dans
l’intelligence [ce qu’on lui souhaite et ce dont, honnêtement,
on se doute] et travaille son personnage dans l’ambiguïté
et le double-jeu. Si la deuxième option est retenue, cela promet
un tome 7 vraiment passionnant. Sinon, ami[e]s fans, vous pouvez lâcher
le train en route. A la lumière de ces éclaircissements,
on pourra y découvrir un splendide coup médiatique. Faire
un livre tellement mauvais et tellement gros que l’idiot du village
se précipitera sur la suite, tandis que l’intello de salon
se jettera lui aussi sur le suivant pour savoir si cet éventuel
second degré se confirme. Dans tout les cas, on passe la caisse.
C’est pas génial, ça ?