Indisponible
depuis tellement longtemps qu’on pourrait presque parler d’inédit,
"L’homme programmé" revient parmi nous sous une
traduction révisée par Pierre-Paul DURASTANTI. Roman honnête
sur la schizophrénie, mais traité sous l’angle science-fictionnesque,
"L’homme programmé" possède un charme
années-70 très net, tout en proposant un vision assez
remuante de l’âme humaine.
Dans une société parfaite tellement démocratique
qu’elle en est évidemment totalitaire, les criminels ne
sont ni exécutés, ni enfermés. Par des techniques
médicales de pointe, il est désormais possible d’effacer
leurs personnalités, de détruire leurs souvenirs, de les
laver de toute abomination pour leur imposer ensuite une nouvelle identité.
Un nouveau départ, une existence vierge, un travail, un but et
même de faux souvenirs dûment implantés pour que
l’esprit ne s’effondre pas. Pour Paul Macy, la vie commence.
Il était Nat Hamlin, l’artiste de génie, mais tueur
psychopathe. Il l’était, mais il ne l’est plus. Il
est désormais Paul Macy. Il travaille à la télévision.
Il est heureux.
Mais Nat Hamlin est-il réellement parti ? Quelle est cette petite
voix de plus en plus insistante qui tente de reprendre le contrôle
d’un corps dont on l’a dépossédée ?
Pourtant, les médecins sont formels. Nat Hamlin n’existe
plus. D’ailleurs, tout le monde le sait, la médecine ne
fait jamais d’erreurs...
Exploration douloureuse d’un homme en proie au dédoublement
de personnalité [avec combat mental extrêmement bien rendu
sous forme de dialogues], "L’homme programmé"
part d’une idée géniale pour se limiter finalement
à un bon petit roman de SF.
C’est somme toute dommage, dans la mesure où la référence
à Mister Hyde est explicite, et que le talent de Robert SILVERBERG
n’est plus à mettre en question. Hélas, l’animal
tire à la ligne et signe un texte simplement correct, alors qu’une
nouvelle dense et brève aurait sans doute tourné au chef
d’oeuvre.
Ne boudons toutefois pas notre plaisir, plongeons-nous dans des situations
et des considérations hommes-femmes très seventies, lisons
avec un effroi grandissant les décidément excellents dialogues
entre Nat Hamlin et Paul Macy, lisons et faisons-nous plaisir avec ce
roman étonnant. Un classique.