De
moins en moins inconnu en France, Terry BISSON s'impose peu à
peu sous nos longitudes, pour le plus grand bonheur de ceux qui aiment
ses textes décalés, drôles et parfois très
sérieux. Ce mois d'avril lui est d'ailleurs décidément
consacré, Échecs et maths sortant chez Folio SF, et "Hank
Shapiro au pays de la récup'" chez Lune d'encres.
Qualifié [un peu abusivement, tout de même] de Fahrenheit
451 du XXIème siècle, Hank Shapiro au pays de la récup'
[traduction de The pickup artist] est un roman délirant,
à la fois drôle et inquiétant, peuplé de
personnages particuliers sur une toile de fond angoissante.
En ces années 2000 et quelques [impossible de situer plus précisément],
les artistes sont régulièrement effacés, détruits,
évacués, le tout pour faire place aux nouveaux.
Chargés de procéder aux évacuations chez les particuliers,
les récupérateurs passent régulièrement
informer les citoyens des nouvelles listes.
Hank Shapiro est un de ces "rois de la récup'", mais,
comme de juste, sa vie bascule quand il met de côté un
vieux vinyle de Hank Williams [chanteur de country s'il en est] pour
l'écouter. Dès lors, l'engrenage est implacable.
À la recherche d'un tourne-disque, il met les pieds dans un repaire
de malfaiteurs et se retrouve piégé dans une fusillade
pendant que son précieux album se perd. S'il ne le ramène
pas avant la fin du mois, il perdra son boulot et son existence n'aura
plus aucun sens.
En compagnie d'une documentaliste enceinte depuis 8 ans et demi, d'un
indien mort [mais régulièrement ressuscité via
une came très performante], de sa chienne Homer et d'un cafard
amoureux, Hank Shapiro part pour Las Vegas, à la recherche de
son précieux album.
On le voit, le propos n'a pas grand-chose de sérieux, mais sous
l'apparent délire général, la question de la place
des oeuvres dans la société est fondamentale.
Un livre intéressant, rythmé et amusant, sans grande prétention,
de ceux qui font tout simplement passer un bon moment.