
MAURICE DANTEC - GRANDE JONCTION - ALBIN MICHEL
Fans de Dantec, revenez... Maurice semble avoir délaissé les délires significativement cataphoriques de non-textualité post-agencée (Villa Vortex) pour revenir à la quintessence du roman : une histoire, un début, un développement, une fin et même (soyons fous) une morale. Et on en trouvera encore pour râler après ça...
2060, quelques années après "la chute", évènement sinistre qui a vu l’émergence d’une IA pas contente dont l’activité principale a consisté à ruiner l’organisation humaine telle que nous la connaissons, une seconde chute menace. Plus insidieuse, plus dangereuse, plus définitive aussi, cette seconde mutation de la machine (car c’en est une) cherche à transformer ce qui reste des hommes en modem. On retrouve ici l’idée principale d’un virus mental calqué sur les virus informartique, le cerveau humain n’étant finalement pas autre chose qu’un très très gros ordinateur. Pour résumer, "Grande Jonction" traite de la lutte finale (ou initiale, d’ailleurs) de l’humanité et de la machine, machine dont la raison d’être est d’éradiquer la vie, mais qui de fait, a besoin de cette vie pour donner un sens à la sienne. Joli paradoxe sur lequel Dantec surfe avec brio, même si les idées développés dans le roman n’ont franchement rien de très nouveau. La particularité de "Grande Jonction", c’est de faire écho à la nouvelle marottte chrétienne de Maurice. Marotte qu’on pourra simplifier en parlant de symbolique chrétienne, symbolique judicieusement appliquée à la trame scénaristique du roman : le verbe (dieu, les hommes, la vie) lutte contre le nombre (le numérique, la machine, le diable), avec l’écriture (théologique) pour allié et la lumière pour finalité (mais le rock n’ roll, aussi, quand même). Dans ce foutoir étonnemment bien agencé, Dantec se promène et nous ballade agréablement. On ne s’ennuie pas, certaines images sont véritablement terrifiante (ces humains transformés en modem et qui ne peuvent ouvrir une bouche horrifiée que pour hurler des sonorités numériques ultrarapide avant de crever la cervelle grillée), et l’ensemble fonctionne très bien. Reste que, malgré des qualités évidentes et une réelle efficacité, "Grande Jonction" ne va somme toute pas très loin et ne mérite pas l’appellation publicitaire de "roman visionnaire". Un lectorat peu habitué à la SF y décèlera sans doute des trouvailles géniales, mais tout amateur du genre pourra les dater avec précision : 1954, 1968, 1977... De là à dire que Dantec a 30 ans de retard, il n’y a qu’un pas. Un très grand pas, certes, mais un pas tout de même. |
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