Auteur
phare de la défunte et mythique collection Présence du
Futur, Jean-Pierre ANDREVON est l’incarnation même de la
SF française engagée, râleuse et boulimique. Avec
«Le travail du furet», il revient sur le thème inquiétant
et politique du contrôle des individus par l’état.
En ces années 2000 et quelques, la paix sociale n’est plus
un mythe : si la logique de classe n’est plus à remettre
en cause, la maladie régresse et jamais la population ne s’est
aussi bien portée [les statistiques le prouvent, après
tout]. Seul petit hic, l’obligation de maintenir le nombre de
citoyens à un joli 60 millions tout rond. En conséquence,
des travailleurs assermentés [les furets] sont chargés
d’éliminer [pas forcément discrètement, d’ailleurs]
environ 400 000 personnes par an. La stabilité est à ce
prix que voulez-vous ma bonne dame.
Bon furet efficace, sans état d’âme et froidement
méthodique, le narrateur est un amateur de films du XXème
siècle. Ses tenues sont d’ailleurs régulièrement
calquées sur ses héros favoris [l’occasion pour
ANDREVON de rendre hommage à un certain film de genre], et ses
exécutions sont le prétexte à un long monologue
où la haine du pauvre ne cède que devant l’horreur
du riche. Il n’est d’ailleurs pas interdit de déceler
çà et là quelques accents Céliniens, notamment
sur l’idyllique vision humaniste qu’ANDREVON nous balance
à travers la gueule.
Mais les choses changent quand ce parfait furet se rend compte peu à
peu que le jeu est truqué. Les gibiers listés officiellement
au hasard ne seraient-ils pas tout simplement gênants pour l’Etat
?
Mais quand un furet pense, il désobéit. Et quand un furet
désobéit, il faut le punir... En assassinant sa copine,
par exemple, ou tout simplement en l’éliminant... La paix
sociale, n’est-ce pas ?
Sujet classique [perverti par la quatrième de couverture ou différentes
critiques rédigées par des gens n’ayant manifestement
pas lu le livre : Le furet commence à se poser des questions,
DONC on lui tue sa femme , et non pas «le Furet se révolte
APRES la découverte du nom de sa femme sur la liste des gibiers
du jour», ce qui n’est pas la même chose] traité
de mille et unes manières aussi bien au cinéma qu’en
littérature, histoire de bonne facture rythme polardisé
à l’extrême, mais aussi humour cynique permanent,
« Le travail du furet » fait partie du meilleur d'ANDREVON.
Un livre parfaitement recommandable, grâce à son scénario
intelligent [et... Glaçant], son ton résolument meurtrier
et la verve d’un auteur qui a pris beaucoup de plaisir à
écrire ces quelques 250 pages. Plaisir partagé par le
lecteur. Comme quoi, il reste encore un peu d’espoir, même
si ce mot est définitivement absent du bouquin.